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Extrême droite

«Appât», «équipe sur place»… Le collectif Némésis et des néonazis auraient organisé des pièges pour les antifascistes à Lyon

Le journal «l’Humanité» révèle ce lundi 23 février des échanges de messages entre groupes d’extrême droite radicale coordonnant des guets-apens lors d’actions militantes cet automne.

Alice Cordier (co-fondatrice et présidente de Némésis, ici en long manteau noir au second plan), parmi la foule lors d'une manifestation en mémoire de Quentin Deranque, à Lyon, samedi 21 février. (Stephane Lagoutte/MYOP pour Libération)
Publié aujourd'hui à 17h12

Une entente claire entre groupuscules d’extrême droite à Lyon pour prendre à partie des militants antifascistes, quatre mois seulement avant la mort de Quentin Deranque. Le journal l’Humanité révèle ce lundi 23 février des messages privés d’une boucle Telegram, dans laquelle il apparaît que le groupe «nationaliste révolutionnaire» Audace Lyon se serait coordonné avec le collectif fémonationaliste Némésis pour piéger des organisations d’extrême gauche lors de plusieurs actions dans la préfecture du Rhône, en octobre.

Des membres de ce même collectif Némésis étaient épaulés par des groupuscules d’extrême droite le 12 février pour s’opposer à une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, lorsque des affrontements ont éclaté avec des antifascistes, avant l’agression mortelle de Quentin Deranque.

Au cœur des échanges dévoilés ce lundi par l’Humanité, des messages envoyés par Calixte Guy, leader d’Audace Lyon – créé après la dissolution des groupuscules Bastion social et de Lyon populaire –, à une responsable de l’antenne lyonnaise de Némésis, désignée sous le prénom Ornella.

Sur ce canal privé, qui ne compte que cinq membres, les militantes de Némésis prévoient de réitérer une action de tractage sur le campus Carnot de l’université catholique de Lyon (IIe arrondissement) à la mi-octobre. Seul hic, l’information aurait été remontée à des cercles militants de gauche, après qu’une membre de Némésis a ébruité le projet. «Il y a des proches ou même militants de la Jeune Garde dans ceux qui nous ont pris à partie la dernière fois. Donc il est fort probable qu’ils aient prévu notre venue et mobilisé des gauches», avertit Ornella.

Une précision qui fait réagir Calixte Guy, ce dernier demandant à la militante identitaire de décaler l’action prévue dans un autre endroit, à savoir les campus de l’université «Lyon-II ou Lyon-III», afin qu’Audace Lyon «monte une équipe sur place pour choper les gauches».

«On casse tout !»

Peu inquiétée par ce projet d’expédition violente, l’organisatrice de Némésis se préoccupe plutôt du nombre de leurs opposants. Calixte Guy lui propose une alternative : «Si vous voulez absolument le faire, tu peux juste décaler à jeudi. Nous, on se mobilisera et on se planquera [dans un bar de la place Carnot – ndlr]… Au moindre signe de violence des gauches, on casse tout !» Un problème de calendrier qui n’arrange pas Némésis, dont une autre action est prévue le même jeudi. Ce qui n’empêche pas Ornella de proposer : «On peut être deux, trois filles à tracter là où vous voulez les choper. Un peu pour faire l’appât, et on ne revendiquera pas Némésis…»

Calixte Guy finit par se raviser : «Franchement, faites l’action, n’oubliez pas que c’est le moment de faire une visu [vidéo] – il vous arrivera jamais rien en tant que meufs… Et on sera là !»

Ornella s’inquiète : «Vous serez assez nombreux s’ils se sont mobilisés de leur côté ? T’es sûr ? Je ne veux pas que vous vous fassiez éclater pour nous, parce qu’on ne pourra pas vous aider, MDR [mort de rire]. Parce que si c’est pour que le visu de notre action, ça soit de se prendre des œufs et de la farine, on n’aura aucune aura, PTDR [pétée de rire]

Calixte Guy promet ensuite de s’organiser au sein d’Audace et de la section Karcher – un autre groupuscule –, et tranche : entre «huit et dix» gars, «ça suffira et c’est atteignable». L’opération tourne néanmoins au fiasco : les militants de gauche ne se présentent pas et Calixte Guy bat le rappel de ses troupes.

Assaillant d’un militant cégétiste

Paradant en tête de cortège samedi à Lyon, lors de la manifestation en mémoire de Quentin Deranque – «un camarade bien connu de [nos] militants» d’Audace Lyon, selon un communiqué du groupuscule –, Calixte Guy est identifié comme l’un des assaillants du militant cégétiste frappé le 16 février 2025, à Paris par plusieurs groupuscules néonazis. Une participation vivement réfutée par le néofasciste lyonnais, qui a fini par s’excuser «pour un coup de pied» donné à la victime, selon les informations de l’Humanité. Les membres de l’expédition, appartenant aux groupuscules des Hussards (nouveau nom du GUD) et aux Zouaves, avaient ensuite pris la fuite dans les rues de Paris, en criant : «Paris est nazi» et «Lyon est nazi aussi» !

Ce lundi, dans la foulée des révélations de l’Humanité, le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a demandé sur X de mettre «à l’ordre du jour» la «dissolution» de Némésis. Le collectif identitaire a quant à lui réagi par l’intermédiaire de sa cofondatrice et présidente Alice Cordier : «La gauche perd les pédales, ils inventent tout et n’importe quoi. On s’en amuserait presque s’il n’y avait pas un homme lynché à mort», écrit-elle sur X, annonçant un communiqué à venir dans la journée.

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