Trente ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de vingt ans. Un réfugié soudanais souffrant de troubles psychiatriques, Abdallah Osman Ahmed, a été reconnu coupable de l’attaque au couteau qui avait fait deux morts et cinq blessés à Romans-sur-Isère, dans la Drôme en avril 2020.
La cour d’assises spécialement constituée - c’est-à-dire sans jurés populaires, la règle en matière terroriste - a précisément confirmé le caractère terroriste des assassinats et tentatives d’assassinats, que contestait la défense. Elle a par ailleurs retenu «l’altération» du discernement de l’assaillant au moment des faits, telle que deux experts psychiatres l’avaient relevé lors de l’instruction.
«Regard vide»
«Il est sans conteste possible d’être à la fois terroriste et délirant». Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a globalement été suivi, lui qui avait demandé vendredi trente ans de réclusion criminelle, avec vingt-cinq ans de sûreté, à l’encontre d’Abdallah Osman Ahmed.
Les deux représentants du Parquet national antiterroriste, à l’unisson de deux experts psychiatriques, ont retenu la seule «altération» du discernement de l’accusé. Lors des débats, un troisième expert avait au contraire diagnostiqué une «abolition», soit l’irresponsabilité pénale. Au terme de dix jours d’audience, «il y a ceux qui se souviennent et celui qui a oublié», a de son côté noté le premier des deux représentants de l’accusation, manière de mettre l’accusé, qui n’a cessé de se prévaloir d’une amnésie de ce qu’il a pu faire, face à ses victimes.
Les avocats de la défense avaient au contraire plaidé pour que la cour constate «l’abolition» du discernement de leur client, soit son irresponsabilité pénale, une hypothèse qu’avait également soutenue une troisième expertise.
Récit
Le procès de ce réfugié soudanais de 38 ans, souffrant de troubles psychiatriques, s’était ouvert lundi 27 octobre devant la cour d’assises spéciale de Paris. Devant la juridiction criminelle «spécialement composée», c’est-à-dire sans jurés populaires - la règle en matière terroriste -, il répondait «d’assassinats et tentatives d’assassinats terroristes».
Les faits se sont déroulés dans la matinée du samedi 4 avril 2020, en plein confinement : dans des commerces et dans la rue du centre de Romans, l’assaillant tue à l’arme blanche Thierry N., client d’une boucherie âgé de 54 ans, et Julien V., un commerçant de 43 ans, et blesse également cinq personnes. Selon les témoins de l’attaque, il agit sans prononcer «la moindre parole», «le regard vide» et avait «l’air hypnotisé» et «possédé», restant «très calme».
«Aucun souvenir»
Interrogé à l’ouverture de l’audience quant à sa reconnaissance des faits, l’accusé a assuré qu’il n’était «pas conscient» au moment de son geste. «Je ne confirme pas et je n’infirme pas. On m’avait dit que j’avais commis ces faits et on me l’a appris après. Je n’ai aucun souvenir de cela», a-t-il ajouté en arabe, traduit par un interprète. Lors de l’instruction, au fil de ses interrogatoires, l’homme avait évoqué avoir agi en réponse à «des voix qui lui enjoignaient de se délivrer».
L’état psychique de l’accusé lors des faits a été au cœur des débats : les expertises penchant tantôt pour une «abolition» du discernement de l’assaillant, tantôt pour une «altération», ce dernier terme ayant finalement été retenu. Pour les juges, il n’était pas «avéré» que le trouble mental «ait été le seul élément à l’origine du déclenchement du passage à l’acte», mais également un sentiment de «déracinement» et d’«isolement» accentué par le contexte de la crise sanitaire.
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La veille de son assaut, l’homme avait «posté des écrits en lien avec l’idéologie de l’islam radical et justifié ainsi l’acte qu’il s’apprêtait à commettre». Des fichiers et des images de propagande en lien avec l’idéologie jihadiste avaient également été retrouvés dans son téléphone portable.
Diplômé en droit et cultivateur, l’homme avait quitté le Soudan, où vit encore sa femme, pour raisons économiques et obtenu en France le statut de réfugié le 29 juin 2017.
Mise à jour le 8 novembre à 7 h 55 avec la condamnation.




