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Attentat de la rue des Rosiers : la cour d’appel de Paris confirme la tenue d’un procès

Le 9 août 1982, 6 personnes étaient tuées et 22 blessées dans une attaque antisémite dans le quartier juif du Marais à Paris. Le procès devant la cour d’assises spéciale était contesté par deux des six accusés. Il aura bien lieu, a statué ce lundi la cour d’appel en balayant leur recours.

Vue des pompiers et des sauveteurs dans la rue des Rosiers après l'attaque du restaurant casher Jo Goldenberg, le 9 août 1982 à Paris. (Jacques Demarthon/AFP)
Publié le 24/11/2025 à 14h50, mis à jour le 24/11/2025 à 14h50

La décision était attendue et marque une nouvelle étape dans un long parcours judiciaire. Quarante-trois ans après les faits, la cour d’appel de Paris a rendu ce lundi 24 novembre un arrêté confirmant la tenue d’un procès pour l’attentat antisémite de la rue des Rosiers à Paris. L’affaire sera jugée par les assises spéciales. Le 9 août 1982, 6 personnes ont été tuées et 22 blessées dans le quartier juif du Marais à Paris, dans l’explosion d’une grenade dans le restaurant Jo Goldenberg et dans une fusillade perpétrée par un commando de trois à cinq hommes.

Fin juillet, des juges d’instruction antiterroristes ont ordonné un procès devant la cour d’assises spéciale contre six hommes suspectés d’être impliqués dans cet attentat. Il est contesté par deux accusés : Abou Zayed, un Norvégien d’origine palestinienne, principal suspect entre les mains de la justice, 67 ans aujourd’hui, considéré comme l’un des tireurs et détenu en France depuis 2020. Et Hazza Taha né en Cisjordanie, 65 ans aujourd’hui, et soupçonné d’avoir caché des armes à l’époque. Outre ces deux hommes mis en examen en France, quatre autres suspects font l’objet de mandats d’arrêt de longue date.

Lors d’une audience sur leur recours, qui s’est tenue à huis clos fin octobre, le parquet général a requis la confirmation d’un renvoi devant les assises spéciales de Paris. «Nous avons demandé à la cour un dernier acte d’enquête : aller en Syrie pour y trouver la preuve de l’innocence d’Abou Zayed et clore ainsi quarante-trois ans d’enquête en France», résumait alors son avocat Me Romain Ruiz, saisi du dossier avec Mes Bruno Gendrin et Raphaël Kempf. «Le refuser reviendrait à vendre à nos concitoyens une enquête qui n’aura jamais mis les pieds au Proche-Orient et prouverait que la vérité n’intéresse pas la justice antiterroriste», prévenait encore l’avocat.

De nombreux rebondissements

L’attentat de la rue des Rosiers a été attribué au Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) d’Abou Nidal, un groupe palestinien dissident de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Or le groupe Abou Nidal a un temps trouvé refuge en Syrie et la défense d’Abou Zayed avance que des documents dans ce pays permettraient de disculper leur client : ce dernier admet son appartenance passée à ce groupe mais dément en avoir été cadre et réfute les faits dont on l’accuse. Mais «un faisceau d’indices multiples et concordants» démontre la «participation» d’Abou Zayed à l’attentat rue des Rosiers, appuie de son côté le magistrat instructeur dans l’ordonnance de mise en accusation de juillet.

Me Yassine Bouzrou, l’avocat de Hazza Taha, a, lui, dénoncé fin octobre devant la cour d’appel des «déclarations évolutives, fluctuantes et contradictoires» de témoins. Les déclarations de son client n’ont pas permis de «contredire [les] accusations», relève pour sa part le juge d’instruction dans son ordonnance.

«Quand les gens viennent discuter des charges, c’est qu’il existe des charges», avait pointé fin octobre l’avocat de parties civiles, Me Francis Szpiner, battant en brèche les plaidoiries de la défense des accusés lors de l’audience sur le recours. Et d’ajouter : «C’est à la cour d’assises qu’il reviendra d’examiner ces charges. Demander aujourd’hui un non-lieu n’a pas de sens.»

Le dossier de l’attentat de la rue des Rosiers a été marqué par de nombreux rebondissements. Le Palestinien Hicham Harb, superviseur allégué de l’attentat, a été arrêté par les autorités palestiniennes en septembre. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a promis récemment dans le Figaro une extradition rapide, «la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France ayant créé un cadre approprié pour cette demande française».

Hicham Harb, qui a par ailleurs été visé par un mandat d’arrêt allemand de 1988 dans le cadre d’un attentat commis à l’aéroport de Francfort en 1985, est également – entre autres –, dans le radar d’enquêteurs, notamment en Italie, pour l’attaque d’une synagogue à Rome en 1982.

Son arrestation interrogeait depuis les acteurs du dossier de l’attentat de la rue des Rosiers, qui se demandaient si cette nouveauté majeure pouvait repousser la tenue d’un procès.

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