«Je reconnais avoir été sur les lieux, mais je ne reconnais pas la commission de ce meurtre.» Devant la cour d’assises de l’Aisne, au premier jour de son procès pour le meurtre de la lycéenne Nadège Desnoix en 1994, Pascal L. clame son innocence. Arrivé à 9 h 15 dans le box des accusés, menotté et escorté par trois gendarmes, le quinquagénaire, vêtu d’un survêtement gris clair, regarde dans le vide alors que la cour évoque le meurtre pour lequel son ADN l’incrimine. Une heure après les premières déclarations de l’accusé, l’audience a été suspendue, avant que la cour n’aborde sa personnalité.
L’affaire Nadège Desnoix est longtemps restée un mystère total pour les enquêteurs. Fin mai 1994, le corps de l’adolescente est retrouvé lacéré de coups de couteau, en bordure d’un chemin menant au lycée de Château-Thierry (Aisne), où elle était élève de première. L’autopsie ne révèle pas de traces d’agression sexuelle : les enquêteurs tâtonnent, sans suspect, ni témoin, ni mobile. De nombreuses pistes seront explorées au cours de l’enquête, de l’exhibitionniste de passage au petit ami de la victime, en passant même par «l’ogre des Ardennes» Michel Fourniret, en vain.
Confession puis dénégation
L’affaire connaît un rebondissement inattendu en 2021, lorsque de nouvelles expertises sur les scellés permettent d’identifier l’ADN retrouvé sur le chouchou que portait la victime au moment de sa mort comme celui de Pascal L.. Père de trois enfants de deux compagnes différentes, l’individu a un lourd passif judiciaire : il a été condamné à quatre ans de prison ferme pour l’agression sexuelle en 1996 d’une adolescente de 14 ans, puis à douze ans de prison ferme pour le viol en 2000 d’une femme de 21 ans. Deux victimes croisées par hasard sur sa route, comme la lycéenne. L’affaire Nadège Desnoix est ainsi l’un des plus anciens «cold cases» en France à aboutir à un procès.
Placé en garde à vue, le suspect passe aux aveux. «Je ne pensais pas que ça finirait en meurtre pour une fellation», confesse-t-il. Une déclaration sur laquelle il revient par la suite ; il nie toute implication dans le meurtre de la jeune fille. En détention provisoire dans l’attente de son procès, il présente aux enquêteurs une nouvelle version des faits. Il raconte que le jour où son chemin croise celui de Nadège Desnoix, il conduisait son frère à un rendez-vous. Ce dernier s’en serait pris à l’adolescente ; selon ses dires, Pascal L. s’interpose et reçoit plusieurs cours à la tête portés par son frère, qui expliqueraient qu’il aurait aujourd’hui des «trous de mémoire». «Sa capacité à se souvenir n’est pas entière, ce sont des faits qui remontent à plus de trente ans», soutient auprès de l’AFP son avocate, Maître Justine Devred, en amont du procès.
Avant-dernier d’une fratrie de quatre frères et sœur, l’accusé connaît une enfance difficile. Sa mère est handicapée ; son père, souvent absent, souffre de problèmes d’alcool. Après avoir vécu en Afrique du Sud avec sa famille, Pascal L. retourne en France à l’âge de dix ans, où il accuse un grand retard scolaire. Il commence à travailler vers 18 ans comme peintre en bâtiment, puis enchaîne des contrats courts et précaires. Quand il évoque lui-même sa jeunesse, il rejette les violences sur son frère aîné, qu’il accuse de frapper tout le monde dans la famille.
«Système de défense stupide»
Toutefois, l’implication de son frère, mort quelques mois avant l’interpellation de Pascal L., a été écartée au cours des investigations. En 2024, le corps de celui-ci a été exhumé pour un prélèvement ADN : son profil génétique n’a pas été retrouvé sur les scellés. Les enquêteurs se sont interrogés sur un éventuel opportunisme de la part de l’accusé.
Dans un filet de voix, sa petite sœur confie ce lundi à la barre avoir été victime d’une tentative de viol de la part de ses trois frères quand elle avait entre douze et treize ans. Une affaire restée selon elle «un secret de famille». Elle décrit Pascal L. comme quelqu’un qui pouvait «être calme puis soudain, il explosait», à l’instar de leur grand frère Franck.
Les parties civiles ne croient pas en son innocence. Maître Arnaud Miel, avocat de la mère de la victime, a dénoncé lundi la «mémoire sélective» de l’accusé, ainsi que sa tendance à charger son frère quand cela l’arrange. Reproche que lui a également fait l’avocate générale. Maître Gérard Chemla, avocat des frères et sœur de Nadège Desnoix, abonde : «Il s’est enfermé dans un système de défense stupide». L’issue des débats est prévue jeudi ; Pascal L. encourt jusqu’à trente ans de réclusion criminelle.
Mise à jour à 17 h 30 avec les déclarations de la sœur du suspect à l’audience




