Une ancienne employée de crèche a été condamnée vendredi en appel à 30 ans de réclusion criminelle pour avoir tué un bébé en lui administrant une dose massive de produit ménager à base d’acide. Après trois jours d’un procès éprouvant, la cour d’assises de l’Ain a estimé que Myriam Jaouen avait «donné volontairement la mort» à la petite Lisa, onze mois, en juin 2022. La peine, conforme aux réquisitions, est automatiquement assortie d’une période de sûreté de 15 ans. Myriam Jaouen a dix jours pour se pourvoir en cassation.
«Notre cliente accepte la peine, il n’y aura pas de pourvoi en cassation», a déclaré à l’AFP l’avocate de Myriam Jaouen, qui a accueilli le verdict dans le calme. En première instance, les jurés l’avaient condamnée à 25 ans de prison, sans période de sûreté, en ne retenant pas l’intention de tuer, donc la qualification de meurtre.
Sa famille est «soulagée, elle a été entendue», a commenté leur avocate Catherine Bourgade. Les parents de Lise, Fabio et Sophie, ont mené un «combat en mémoire de leur fille» pour que «cette qualification de meurtre et d’intention de donner la mort» soit retenue, a-t-elle rappelé. Affronter à nouveau trois jours de procès a été «terrible» pour eux même si les débats ont été menés de manière sereine, a-t-elle poursuivi. «C’est une fin apaisante : leur douleur est indescriptible, elle restera mais, au moins, ils ont le sentiment que la justice a fait ce qu’il fallait».
«Immature»
Myriam Jaouen, qui avait 27 ans au moment du drame, a reconnu après plusieurs dénégations avoir versé le produit à base d’acide dans la bouche de la fillette mais a toujours assuré avoir voulu «la faire arrêter de pleurer», «pas la tuer».
Elle a aussi affirmé qu’elle n’avait pas conscience de la dangerosité du produit de type Destop, ce qu’ont contredit enquêteurs, médecins et psychiatres qui ont défilé à la barre. Dans son réquisitoire, l’avocat général Baptiste Godreau a estimé qu’elle avait «consciemment tué avec un produit toxique létal, l’administrant directement dans la bouche d’une enfant de 11 mois», qui est décédée après quatre heures de souffrances «extrêmes».
«Je veux m’excuser auprès de la famille, tous les jours je pense à Lisa», a soufflé Myriam Jaouen dans ses derniers mots, en regardant fixement les parents du bébé. Sophie, la maman éplorée pendant les trois jours d’audience, a fermement fait non de la tête.
L’avocate de la famille avait demandé aux jurés d’être plus sévères qu’en première instance : «Vingt-cinq ans de prison, c’était dire à Myriam Jaouen : vous n’avez pas eu l’intention de donner la mort à Lisa, votre version nous a convaincus», a plaidé Catherine Bourgade. «Ce n’est pas possible d’entendre cela, ni pour ses parents, ni pour Lisa», «il ne suffit pas qu’un accusé dise : “j’ai pas voulu tuer” pour qu’on le croie», a-t-elle insisté.
Plusieurs experts psychiatres ont décrit Myriam Jaouen comme «immature» et «modérément» déficiente intellectuellement. Mais «sans maladie mentale avérée», écartant donc une «abolition ou altération du discernement». Sa défense avait demandé aux jurés certes de «sanctionner» mais aussi de «favoriser sa réinsertion», niant l’intention de donner la mort chez une personne «infantile», selon Julia Coppard. Et dont «l’incompétence» et «l’inaptitude» à s’occuper d’enfants avaient été signalées par ses collègues à la crèche, «où elle n’aurait jamais dû être employée, encore moins laissée seule avec les enfants», a estimé Maylis Leduc.
Mensonges
Mais une femme capable de mentir pendant l’agonie du bébé à qui elle inflige une souffrance «indicible» n’est pas crédible quand elle assure ne pas avoir voulu tuer, avait plaidé l’avocate de l’association l’Enfant Bleu - Enfance maltraitée, Sidonie Leblanc. «Une femme qui, selon ses propres dires, est capable de maintenir fermement la tête et le corps d’un bébé, de lui enfoncer le goulot d’une bouteille d’acide dans la bouche, de la maintenir et de lui dire : “prends ça, mange et tais-toi !”» ne peut pas être excusée, a lancé Sidonie Leblanc.
A l’arrivée d’autres parents dans la microcrèche lyonnaise, Myriam Jaouen avait aussi élaboré un «récit mensonger structuré», selon l’avocate : un tube de gouache a explosé et les projections ont atteint la bouche de Lisa. Myriam Jaouen a même badigeonné son pantalon de peinture pour accréditer cette version.
Un mensonge qu’elle a répété d’une voix déterminée, 15 minutes durant, au médecin du centre antipoison - dont l’enregistrement a été diffusé à l’audience - qui l’appelait pour tenter d’identifier le produit pour orienter les médecins qui tentaient encore de sauver Lisa. «Qu’on ne vienne pas nous dire qu’elle n’est pas capable d’élaboration», a conclu l’avocate.




