Un vol express – huit minutes – en plein jour, juste après l’ouverture du musée du Louvre. Huit joyaux du XIXe siècle, considérés comme des trésors nationaux, toujours introuvables. Un préjudice évalué à 88 millions d’euros. Et quatre malfaiteurs encagoulés, munis d’un monte-charge de déménageurs et armés de disqueuses. Par son retentissement, ce qu’il révèle des insuffisances sécuritaires du Louvre et son apparente simplicité, le casse de la galerie d’Apollon, dimanche 19 octobre, a fait couler beaucoup d’encre dans la presse nationale et internationale.
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Après plus d’un mois d’enquête, la police a pu arrêter quatre personnes suspectées d’avoir appartenu au commando. Ce vendredi 28 novembre, le dernier suspect interpellé a été mis en examen, selon une source proche du dossier. Il est présenté à un juge des libertés. Age, métier, rôle dans le casse, Libé fait le point sur son profil et celui de ses complices présumés. Ils ne correspondent pas à ceux «que généralement on associe au haut du spectre de la criminalité organisée», selon la procureure de Paris. Laure Beccuau a néanmoins souligné la montée rapide désormais sur des «faits extrêmement graves» de profils jusqu’alors «pas très connus».
«Doudou Cross Bitume»
Abdoulaye N., 39 ans, est soupçonné d’être l’un des deux hommes ayant pénétré dans la galerie d’Apollon le 19 octobre. Son ADN a été retrouvé sur l’une des vitrines fracturées et sur des objets abandonnés sur place. Il a été arrêté le 25 octobre, près de son domicile à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
Il présente un profil original : connu sur les réseaux sociaux comme «Doudou Cross Bitume», il y a acquis une notoriété en conjuguant performances physiques - via notamment «street workout», une pratique de la musculation sur mobilier urbain - et culture du moto-cross.
Chauffeur de taxi sans licence et déjà condamné pour des vols aggravés, il devait être jugé le 5 novembre à Bobigny pour une affaire de dégradation de miroir dans un commissariat en 2019, sous le coup de la colère après avoir été placé en garde à vue alors qu’il avait bénéficié d’un non-lieu. L’audience a été renvoyée au 17 avril à la demande de ses avocats.
Un habitant d’Aubervilliers
Un ressortissant algérien de 35 ans, vivant à Aubervilliers, est soupçonné d’être le deuxième homme ayant pénétré dans la galerie d’Apollon. Il a été interpellé le 25 octobre à l’aéroport de Roissy alors qu’il tentait de rejoindre l’Algérie. Il était sans activité récente, mais avait auparavant travaillé comme ripeur – ramassage d’ordures – ou livreur. Il est déjà connu pour des faits de délinquance routière et a essuyé une condamnation pour vol, selon Laure Beccuau.
Il a été ciblé grâce aux traces ADN retrouvées sur un des scooters ayant servi à la fuite après le casse. Comme Abdoulaye N., il a fait des «aveux partiels», mais leurs déclarations sont «minimalistes par rapport à ce qui nous paraît être démontré par le dossier», a noté la procureure.
Un habitant de Seine-Saint-Denis de 37 ans
Un troisième homme, âgé de 37 ans et habitant lui aussi en Seine-Saint-Denis, a été interpellé le 29 octobre avec sa compagne, après la découverte de leurs traces d’ADN dans la nacelle du monte-charge utilisé lors du cambriolage. Si celles du suspect «sont importantes», les enquêteurs se demandent si les autres ne correspondent pas à de l’«ADN de transfert», c’est-à-dire «déposé sur quelqu’un, sur un objet, [puis] redéposé dans la nacelle».
L’homme a été écroué, tandis que sa compagne de 38 ans, initialement placée en détention provisoire, a été remise en liberté sous contrôle judiciaire le 12 novembre.
Le casier du trentenaire porte «mention de onze condamnations, dont une dizaine déjà pour des faits de vol» significatifs, a indiqué Laure Beccuau. Il est par ailleurs établi qu’il a déjà été en contact avec Abdoulaye N., les deux hommes étant impliqués «dans une même affaire de vol pour laquelle ils ont été condamnés en 2015 à Paris».
Un homme arrêté sur un chantier à Laval
Le quatrième suspect, âgé de 38 ans, a été interpellé mardi 25 novembre, sur un chantier à Laval, selon une source proche du dossier. Il est soupçonné d’avoir manœuvré la nacelle et d’être le deuxième conducteur de scooter. Il a été mis en examen ce vendredi 28 novembre.
D’après BFM, les enquêteurs de la BRB, la brigade de répression du banditisme, ont pu remonter jusqu’à lui grâce au travail de police technique et scientifique sur les véhicules (scooter, camion nacelle), mais aussi l’exploitation de la vidéo surveillance. Selon le Parisien, il est également originaire d’Aubervilliers.
Mis à jour à 15 h 31 avec la mise en examen du quatrième suspect.




