La procureure de Privas a requis ce jeudi 22 janvier la fermeture pour un an du siège, en Ardèche, d’une congrégation catholique accusée d’abus de faiblesse, le temps que l’Eglise tranche «la question de son existence», et deux ans de prison avec sursis contre son responsable.
Le foyer de Saint-Pierre-de-Colombier dans le Sud Ardèche est l’«épicentre des abus des symptômes sectaires» reprochés à la Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND), a déclaré la magistrate Céline Nainani au dernier jour du procès de cette congrégation et de son supérieur hiérarchique, le père Bernard Domini, 74 ans. A l’encontre de ce dernier, Gérard Pinède dans la vie civile, elle a requis, outre la prison avec sursis, une interdiction d’exercer la prêtrise pendant cinq ans.
Contre la congrégation, elle a demandé une amende de 100 000 euros et la fermeture pendant un an de son siège, un délai qui «permettra à l’institution ecclésiale de se saisir de la question de l’existence de la communauté», a-t-elle espéré. «Je ne requiers ni la dissolution de la personne morale ni la fermeture définitive, a poursuivi Céline Nainani. Je considère que la question de l’existence de la communauté, ce n’est pas à la justice de la trancher, c’est la responsabilité de l’Eglise.»
«Techniques de persuasion et de manipulation»
La FMND, qui compte 160 missionnaires sur une quinzaine de sites, et le père Bernard sont jugés depuis lundi par le tribunal correctionnel de Privas pour abus de faiblesse sur personnes vulnérables. Ils sont accusés d’avoir recruté des jeunes fragiles, de les avoir isolés et épuisés physiquement pour leur imposer une pensée unique. Cinq anciens membres, âgés de 25 à 55 ans, se sont constitués parties civiles dans le dossier.
Enquête
Le père Bernard et la communauté nient toute emprise et toute dérive sectaire, et se disent victimes de règlement de comptes, y compris internes à l’Eglise. La FMND a publié sur son site internet une pétition d’une centaine de familles de membres assurant que leurs enfants sont «heureux» et «libres» en son sein.
Pour Céline Nainani, l’abus de faiblesse est manifeste au vu «des techniques de persuasion et de manipulation», «de dépersonnalisation», «d’enfermement psychique, du fonctionnement autoritaire, qui passe aussi par un système de surveillance des membres, par la délation», le tout «couplé à une dévotion des fondateurs». «Cela ne signifie pas que tous les membres y soient contraints. C’est tout le problème des dérives sectaires : tous les membres n’en sont pas victimes», a-t-elle souligné.
«Les signalements pleuvent depuis de nombreuses années, mais les supérieurs […] restent hermétiques à toute remise en question», a ajouté la procureure, en écartant un mobile financier. Pour elle, «l’objectif c’est la captation des esprits et des vocations et d’étouffer la dissidence».




