Les drames, les vengeances et le deuil, la famille Orsoni les connaît depuis plus de quarante ans. Abattu lundi 12 janvier d’une balle unique, alors qu’il assistait aux funérailles de sa mère, Alain Orsoni faisait partie de l’un des clans les plus influents du banditisme et du nationalisme corses. Bien connu de l’île, le patronyme a vu passer le frère, Guy, assassiné en 1983, Alain, qui avait échappé à une tentative d’assassinat en 2008, et son fils Guy, prénommé en mémoire de son oncle et emprisonné.
Guy, le frère assassiné en 1983
Guy Orsoni, frère cadet d’Alain, était un militant du Front de libération nationale corse (FLNC). Le 17 juin 1983, il disparaît à l’âge de 26 ans sur une route du sud de la Corse. Son corps ne sera jamais retrouvé. Ses camarades de lutte accusent dans la foulée l’Etat de l’avoir tué dans un assassinat politique. Les enquêteurs, eux, estiment que ce crime est lié au banditisme et procèdent à plusieurs arrestations.
Dans les années qui suivent, les assassinats se succèdent sur l’île méditerranéenne pour le «venger». Notamment en 1984, lorsque deux membres du grand banditisme sont tués par un commando du FLNC à l’intérieur même de la maison d’arrêt d’Ajaccio. Un an après la mort de son frère, Alain Orsoni a un fils. Il s’appellera Guy.
Alain, le nationaliste reconverti dans les affaires
Alain Orsoni, assassiné lundi à 71 ans aux obsèques de sa mère, est un militant nationaliste de la première heure. Après des études à Paris, il rentre en Corse et devient l’un des chefs du FLNC. Lors de la principale scission du mouvement, en 1990, il crée le Mouvement pour l’autodétermination (MPA), vitrine légale du FLNC Canal habituel, qui luttait par la voix armée. Ses opposants, la Cuncolta Nazunalista et sa branche armée, le FLNC Canal historique, qualifiaient le MPA de «Mouvement pour les affaires».
En 1996, en pleine guerre interne entre nationalistes, il quitte la Corse, se sentant menacé «en raison de ses velléités affairistes et de son appétit financier», estime un rapport confidentiel de la Juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) de Marseille sur le banditisme corse. Il vit d’abord en Floride, puis au Nicaragua où il «dirige l’implantation de casinos, de restaurants et de machines à sous», détaille le rapport. Après treize ans d’exil, il rentre en Corse en 2008 et réchappe, quelques semaines après, à une tentative d’assassinat. Plusieurs membres de la bande concurrente du «Petit Bar», du nom d’un café d’Ajaccio, seront condamnés en 2011. Mais l’étau ne se desserre pas. En octobre 2012, son avocat, Antoine Sollacaro, est abattu. Suivi, un mois plus tard, d’un autre proche, Jacques Nacer, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Corse-du-Sud.
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Président du club de football AC Ajaccio à partir de 2008, puis par intermittence jusqu’à sa démission officielle en 2023, Alain Orsoni a été sanctionné en octobre par la Commission fédérale de discipline de la Fédération française de football. L’ancien dirigeant, en réalité resté aux affaires jusqu’à l’été 2025, est reconnu coupable d’avoir fourni une fausse garantie bancaire de 15 millions d’euros afin de rassurer sur la situation économique du club, désormais relégué en régional 2 (7e division). Le club ajaccien, placé en liquidation judiciaire en août en raison de grosses difficultés financières, fait l’objet de deux enquêtes, notamment pour extorsion, escroqueries et faux et usage de faux.
Guy, le fils écroué pour tentative d’assassinat
Guy Orsoni est le fils d’Alain Orsoni et de l’avocate pénaliste Frédérique Campana. Agé de 41 ans, celui qui est aujourd’hui écroué a débuté son parcours en organisant «son activité autour du trafic de stupéfiants, se constituant ainsi une assise financière confortable», explique le rapport de la Jirs. Avant de «poursuivre l’action offensive contre l’équipe du Petit Bar, en orchestrant des actions violentes ayant pour but l’élimination de membres» de cette bande rivale.
En mai, cette «figure majeure du banditisme corse», selon les termes des autorités, a été condamnée à treize ans de prison pour tentative d’assassinat contre un membre présumé du Petit Bar. Lui-même a échappé de peu à une tentative d’assassinat en 2018, perpétrée par un commando à moto. Il fait également partie des cinq hommes renvoyés devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour l’assassinat de Jean Livrelli. Le 23 août 2018, le retraité de 67 ans avait été tué par erreur, à Bastelica.




