Deux mois après le procès très scruté des cyberharceleurs de Brigitte Macron, les dix prévenus - huit hommes et deux femmes - ont été condamnés ce lundi 5 janvier pour avoir diffusé ou relayé des insultes et des rumeurs liées au genre de la première dame et à l’écart d’âge avec son époux, Emmanuel Macron.
Huit prévenus ont été condamnés à des peines de quatre à huit mois de prison avec sursis en raison d’une «volonté de nuire à la plaignante», dans des «termes malveillants, dégradants et insultants» sur sa «prétendue pedocriminalité», a détaillé le président du tribunal, Thierry Donnard. Une peine de six mois de prison ferme a été prononcée contre un des prévenus en raison de son absence à l’audience. Jean-Christophe D., le seul prévenu à avoir présenté ses excuses à Brigitte Macron, a échappé à la peine de prison et devra suivre un stage de sensibilisation aux infractions en ligne.
Une sanction qui vaut pour tous les prévenus qui devront donc, à leurs frais, suivre une formation de sensibilisation au «respect des personnes dans l’espace numérique» et s’acquitter d’une amende solidaire de 10.000 euros, en plus d’une amende individuelle de 600 euros. Cinq d’entre eux, dont les «instigateurs», ont aussi reçu l’interdiction d’utiliser le réseau social X pendant 6 mois.
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Au mois d’octobre, des peines de prison de trois à douze mois avec sursis et des amendes allant jusqu’à 8 000 euros avaient été requises par le ministère public contre les 10 cyberharceleurs présumés de l’épouse du président.
Les réquisitions les plus lourdes visaient les prévenus jugés les plus influents sur les réseaux sociaux, qualifiés d’«instigateurs» par le procureur Hervé Tétier : l’écrivain Aurélien Poirson-Atlan, alias Zoé Sagan sur les réseaux, la médium Amandine Roy et le galeriste Bertrand Scholler. Ils ont écopé de huit mois de prison avec sursis pour le premier, et de six mois avec sursis pour les deux autres.
Les sept autres ont été présentés comme des «suiveurs» qui se seraient «laissés aller» depuis «leur canapé». Tous, à la barre, avaient nié les faits de harcèlement leur étant reprochés. Certains plaidant la faible résonance en ligne de leur «tout petit compte», d’autres, plus téméraires, la défense de «l’intérêt général». Leurs peines vont de quatre à huit mois de prison avec sursis.
Plusieurs procédures encore en cours
Absente du procès, Brigitte Macron avait expliqué aux enquêteurs lors de son dépôt de plainte, au mois d’août 2024, que la rumeur la présentant comme une femme transgenre avait eu «un très fort retentissement» sur son entourage et sur elle-même, rapportant que ses petits-enfants entendaient dire que «leur grand-mère est un homme». Devant la salle d’audience comble, sa fille Tiphaine Auzière avait confirmé l’impact de cette infox mondiale sur sa mère, «en permanence sur le qui-vive» face à la remise en cause continuelle de son «identité».
Sur son compte X, suspendu depuis, Zoé Sagan, 41 ans, avait qualifié les 24 ans qui séparent les époux Macron de «crime sexuel» et de «pédophilie cautionnée par l’Etat».
Amandine Roy, 51 ans, est, elle, à l’origine d’une vidéo virale de quatre heures publiée en 2021, depuis retirée, affirmant que Brigitte Macron n’aurait jamais existé et que son frère Jean-Michel aurait pris son identité après avoir changé de sexe. Une vidéo qui, selon la Première dame, avait largement contribué à amplifier les rumeurs transphobes la concernant. Elle avait déjà valu à Amandine Roy une condamnation en première instance pour diffamation en septembre 2024 dans un autre procès, dont la médium a été relaxée le 10 juillet dernier. Brigitte Macron et son frère se sont depuis pourvus en cassation.
Egalement absent du procès, en octobre, Xavier Poussard, dont le cas a finalement été disjoint car il vit à Milan, est présenté comme l’autre grand instigateur de cette infox mondiale. Auteur du best-seller Becoming Brigitte, le journaliste d’extrême droite s’est associé à l’influenceuse américaine Candace Owens contre laquelle le couple présidentiel a engagé cet été des poursuites aux Etats-Unis. Il est reproché à la podcasteuse conspirationniste de 36 ans d’avoir publié une série de vidéos basées sur le livre de Xavier Poussard, dont la viralité a donné un écho mondial à la rumeur transphobe.
Plusieurs des condamnés avaient relayé ses publications, dont une couverture détournée du magazine Time présentant Brigitte Macron en «homme de l’année».




