Elle a donné rendez-vous dans un lieu de «la vie d’avant». Une ancienne maison close à l’opulence ouatée de velours vert bouteille et bourgogne, ambiance jazzy en fond sonore, et porche discret dans un quartier de la capitale qui l’est moins, Pigalle. Rien d’étonnant pour cette journaliste et éditrice spécialisée sur les questions de sexualité, autrice notamment de Sexpowerment, essai plein d’entrain sur le cul, le féminisme et le genre. Mais ça, c’était avant. Avant d’être «la femme de», celle de Luz, ancien dessinateur à Charlie Hebdo, rescapé de l’attentat contre l’hebdomadaire satirique ayant fait 12 morts, le 7 janvier 2015. Avant d’être «un ricochet», c’est-à-dire une victime indirecte, le proche d’une personne décédée ou blessée psychiquement ou physiquement. Dans son ouvrage (1), Camille Emmanuelle, 41 ans, raconte ainsi le quotidien de celui «à côté». Celui qui souffre avec, protège, anticipe, console, prend sur lui et joue les paratonnerres, voire les «attachées de presse». Celui qui pense à l’autre avant de penser à soi et affronte parfois un vertigineux sentiment de vide une fois sorti de «sa mission». Celui à qui personne ne demande jamais «comment ça va ?»
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