Il assume son attaque. Le président national de la Coordination rurale (CR), Bertrand Venteau, a été interrogé lundi à la gendarmerie de Limoges sur ses propos, tenus en novembre, dans lesquels il disait vouloir «faire la peau aux écolos». Convoqué par la brigade de recherches de la gendarmerie de Haute-Vienne, il a été entendu pendant 1 h 15 par les enquêteurs, sous commission rogatoire.
«On sent bien que la vérité dérange. La justice fera son travail mais j’assume ce que j’ai dit», a déclaré Bertrand Venteau à sa sortie, devant quelque 80 membres du deuxième syndicat agricole venus le soutenir, des tracteurs ayant pris place devant la caserne.
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«C’est assez dur en ce moment pour les paysans d’être entravés dans la liberté syndicale. Pendant ce temps, et avec le temps qu’on perd, ce sont des paysans qui disparaissent quotidiennement», a souligné cet éleveur de profession, ancien président de la chambre d’agriculture départementale. «On veut juste être respectés. Je ne changerai pas de ton, celui de la base qu’on porte plus haut, et ça coûtera ce que ça coûtera», avait-il fait savoir juste avant son audition.
Une déclaration «inacceptable»
Lors de son élection, le 19 novembre, à la tête du syndicat à Auch, Bertrand Venteau avait déclaré, sous les applaudissements : «Les écolos, la décroissance veulent nous crever, nous devons leur faire la peau». «Il va falloir sortir et combattre les écolos, en les attaquant en justice. Nous devons les combattre […] Ceux qui veulent notre mort sont partout, nous devons les combattre au quotidien, dans les départements, les régions, jusqu’au ministère», avait ajouté le responsable du deuxième syndicat agricole.
Destinataire de nombreuses plaintes d’élus et d’associations écologistes, le parquet d’Auch avait ouvert quelques jours plus tard une enquête du chef de «provocation publique, non suivie d’effet, à commettre un crime ou un délit». La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, avait condamné «la violence» de cette déclaration jugée «profondément choquante et inacceptable».
«Il faut taper, choquer»
Selon la CR de Haute-Vienne qui avait appelé au rassemblement devant la gendarmerie, les propos de Bertrand Venteau ont été «largement sortis de leur contexte». «Le message qu’il a voulu faire passer, c’est de combattre l’écologie punitive, l’extrémisme écologique. Ces auditions libres, auxquelles on est habitués, ne nous freinent pas», a assuré Thomas Hegarty, président départemental du syndicat habitué des actions coup de poing.
«Pour se faire entendre, il faut taper dedans, choquer. On sait que ça dérange, mais si on avait eu un bonnet vert (FNSEA), aurions-nous eu ce traitement ?», a-t-il interrogé. Pour l’avocate de Bertrand Venteau, ces propos «ne relèvent pas d’une infraction pénale» car ils «ont été dits dans un cadre privé, avant l’élection syndicale au niveau national. C’est un combat d’idées, un combat politique», selon elle.




