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Flotte fantôme russe : le commandant d’un pétrolier jugé en France ce lundi

Le «Boracay» avait été arraisonné en septembre au large de la Bretagne, pour son implication supposée dans les survols de drones ayant perturbé le trafic aérien danois. Un an de prison et 150 000 euros d’amende ont été requis contre le capitaine chinois du navire.

Le pétrolier le «Boracay», soupçonné de faire partie de la flotte fantôme russe, au large des côtes bretonnes, le 1er octobre 2025. (Damien Meyer/AFP)
Publié aujourd'hui à 6h36, mis à jour le 23/02/2026 à 18h04

Le commandant du Boracay, pétrolier de la flotte fantôme russe arraisonné en septembre au large de la Bretagne, comparait ce lundi 22 février devant le tribunal correctionnel de Brest. Il est jugé pour refus d’obtempérer. Le navire était suspecté d’être impliqué dans les survols de drones ayant perturbé le trafic aérien danois en septembre – volet dont la justice française n’est pas saisie.

Après l’arraisonnement du Boracay par des commandos marine français, le Président Emmanuel Macron avait annoncé vouloir «accroître la pression sur la flotte fantôme parce que ça réduit clairement la capacité de la Russie à financer son effort de guerre» en Ukraine.

Refus d’obtempérer

Le commandant chinois du Boracay, Chen Zhangjie, 39 ans, actuellement en mer, était représenté à l’audience par son avocat Henri de Richemont. «Il m’a demandé de le représenter et de remettre une lettre au président [du tribunal] lui demandant de l’excuser pour son absence», a déclaré ce dernier à l’AFP.

Avec son second, Chen Zhangjie avait été placé en garde à vue début octobre à la gendarmerie maritime de Brest. La justice lui reproche d’avoir refusé d’obtempérer lorsque la marine française a voulu inspecter son navire de 244 mètres de long, le 27 septembre, alors qu’il naviguait dans les eaux internationales au large de l’île d’Ouessant. Cette infraction est punie d’un an d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende, selon le code de la défense.

Le pétrolier, sous sanctions européennes pour son appartenance à la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole, était aussi soupçonné d’arborer un faux pavillon, celui du Bénin, mais cette infraction n’a pas été retenue par le parquet.

Question de compétence

Sur l’infraction reprochée à son client, Me Henri de Richemont entendait demander au tribunal de Brest de se déclarer incompétent. Les faits s’étant déroulés dans les eaux internationales, «le droit français n’a pas vocation à s’appliquer», a-t-il souligné. Les juges n’ont pas accédé à sa demande et ont requis une peine d’un an de prison et 150 000 euros d’amende. Le jugement a été mis en délibéré au 30 mars.

Le Boracay, qui bat désormais pavillon russe, avait repris la mer cinq jours après avoir été arraisonné par la marine française. Il mouillait vendredi près du port de Rizhao, dans le nord-est de la Chine, selon le site Marine Traffic.

Deux Russes à bord

A l’audience, ce lundi 23 février, l’avocat du capitaine du bateau a confirmé une information de l’AFP. Deux employés d’une société de sécurité privée russe chargés de surveiller l’équipage et de collecter du renseignement se trouvaient à bord du Boracay. «Ce n’était pas des marins», a assuré Me Henri de Richemont, précisant que son client n’avait rien à voir avec leur présence à bord. Âgés de 34 et 40 ans, Aleksander T. et Maksim D., un ancien policier passé par le sulfureux groupe Wagner, étaient employés par la société militaire privée (SMP). Cette société placée sous sanctions américaines a été fondée en 2009 par d’anciens officiers des services secrets russes (FSB) et entretient des liens étroits avec les autorités.

Leur mission à bord était «d’assurer la protection du navire et de faire en sorte que le capitaine respecte bien les ordres donnés en conformité avec les intérêts russes», mais aussi de collecter du «renseignement», a affirmé à l’AFP la source ayant réclamé l’anonymat. «Quand ils passent à proximité des côtes européennes ou de moyens militaires, ils prennent des photos de nos bâtiments», précise la même source.

Des militaires français étaient restés à bord plusieurs jours après l’arraisonnement du navire le 27 septembre, selon une source militaire, sans que l’on sache où se trouvaient les deux Russes pendant la garde à vue du capitaine. 

Un autre navire de la flotte fantôme russe, le Grinch, a été arraisonné le 22 janvier par la marine française, dans les eaux internationales entre l’Espagne et l’Afrique du Nord.

Immobilisé plusieurs semaines près du terminal pétrolier de Marseille-Fos dans le cadre d’une enquête pour «défaut de pavillon», le navire a pu reprendre la mer la semaine dernière, après le paiement d’une amende de plusieurs millions d’euros.

Mise à jour le 23 février à 17 h avec mention de la présence de deux Russes à bord du Boracay et à 18 h 03 avec les réquisitions.
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