L’obsession du «XXL» chez le Garde des Sceaux. Après les opérations «place nette» au succès opérationnel tout à fait relatif sur le trafic de drogues, Gérald Darmanin, passé du ministère de l’Intérieur à celui de la Justice, s’attaque désormais aux prisons. Il a annoncé fin novembre le lancement d’une opération «massive» de fouilles dans les établissements pénitentiaires français, avec pour objectif principal de lutter contre les narcotrafiquants qui poursuivent leurs activités en milieu carcéral grâce aux téléphones.
Au micro de France Info ce vendredi 5 décembre, Gérald Darmanin a tiré un premier bilan de cette stratégie : «Il y a 26 maisons d’arrêt qui ont connu déjà des fouilles jusqu’à hier soir, par exemple à Paris la Santé, a résumé le ministre, sur les 86 que compte le pays. Selon lui, ces inspections ont permis de saisir «plus de 400 téléphones, plus de 600 objets interdits : ça peut être des couteaux, des AirPods… J’y ai trouvé même, en allant à Nanterre, des lunettes connectées et plusieurs kilos de drogue, notamment régulièrement du cannabis».
«Pas des fouilles complètes»
Gérald Darmanin a «donné instruction à l’ensemble de l’administration pénitentiaire de faire des contrôles dans toutes les prisons d’ici le 31 décembre de façon massive». Le ministre a évoqué «un enjeu national qu’il n’y ait pas de téléphones portables dans les prisons». Ces fouilles «consistent à décourager les activités notamment liées au narcotrafic», a-t-il écrit dans une circulaire.
Décryptage
En plus de la création de ses prisons de haute sécurité, «où il n’y a pas de téléphone, pas de clé USB» - une référence à l’enquête ouverte par le parquet national antiterroriste après la découverte d’une clé USB dans la cellule de Salah Abdeslam à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) -, le Garde des Seaux entend donc faire évoluer «radicalement» l’organisation des prisons françaises. «Il faut qu’on change totalement la façon dont on fait l’architecture d’une prison. Quand on les a inventées, il y a plus de 150 ans parfois certaines, on n’a pas pensé aux drones, on n’a pas pensé aux téléphones portables.»
Contacté par Libération, Wilfied Fonck, secrétaire national du syndicat majoritaire Ufap-Unsa, nuance l’importance de l’opération à cette heure. «Ce ne sont pas des fouilles complètes, elles ne concernent que quelques dizaines de cellules par établissement.» Selon lui, «10 %» des cellules seront inspectées dans le cadre de ces «Fouilles XXL». «C’est une opération coup de poing qui permet de braquer les spots sur le milieu carcéral, continue le représentant syndical. Mais tant que les effectifs ne seront pas suffisants, tant que l’on ne fera pas de fouille générale et comme l’immense majorité des bâtiments ne va pas bénéficier d’aménagements importants, ce qui est retiré des cellules sera de retour dès le lendemain.»
«Trop de prisonniers»
Pourtant, dans ses annonces du jour, le ministre n’oublie pas de s’adresser aux syndicats pénitentiaires qui, à l’image de leurs homologues policiers, réclament régulièrement plus de moyens, notamment humains. Gérald Darmanin affirme vouloir «remettre de la sécurité et de l’autorité» dans les maisons d’arrêt «en y remettant des effectifs parce qu’il manque des agents pénitentiaires, en luttant contre la surpopulation carcérale, parce qu’il y a trop de prisonniers dans ces prisons».
Habitué à saturer l’espace médiatique, Gérald Darmanin avait déjà rappelé lundi la création de «1 000 postes de plus» dans l’administration pénitentiaire prévus dans le budget 2026 - pour 30 000 agents aujourd’hui, dont 4 000 emplois non pourvus selon les syndicats. Le Garde des Sceaux avait aussi insisté sur le déblocage de 29 millions d’euros pour améliorer la sécurité (dispositifs antidrones, portiques, brouillage) des établissements pénitentiaires, ainsi que sur son projet de création de prisons modulaires, qui doivent apporter 3 000 places supplémentaires.
Analyse
Selon les derniers chiffres officiels, la surpopulation dans les prisons a atteint un nouveau record avec une densité carcérale de 136,2 %, soit 85 373 détenus pour 62 668 places opérationnelles au 1er novembre 2025. Alors que de nombreuses organisations et associations dénoncent régulièrement des conditions de détention très dégradées voire indignes, certains chefs d’établissements craignent l’embrasement. Ces derniers ont justement été reçus mercredi par Gérald Darmanin, après que le ministre a démis de ses fonctions le directeur de la prison de Rennes alors qu’un détenu s’était évadé lors d’une sortie au planétarium le 14 novembre dernier.




