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Pédocriminalité

Gironde : un photographe soupçonné d’avoir détourné des photos d’enfants avec l’intelligence artificielle mis en examen

L’homme de 64 ans a été placé en détention provisoire fin novembre. Plusieurs milliers de fichiers à caractère pédopornographique ont été retrouvés par les enquêteurs sur du matériel informatique lui appartenant.

Vue aérienne de la ville de Pauillac (Gironde). (Francis Leroy/Hemis. AFP)
Publié le 08/12/2025 à 11h03, mis à jour le 08/12/2025 à 16h10

C’est une figure locale de la photo. Michel A., 64 ans, est régulièrement sollicité pour shooter des portraits de famille, couvrir des événements sportifs, des concerts ou immortaliser des mariages. Ce «photographe passionné» et «autodidacte», comme il se décrit sur son site internet, est aujourd’hui soupçonné d’être également une figure active au sein de la sphère pédocriminelle : plusieurs milliers de fichiers à caractères pédopornographiques ont été retrouvés sur du matériel informatique lui appartenant.

Installé à Pauillac (Gironde), il a été mis en examen le 26 novembre pour «importation, détention et diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique» et «diffusion d’un montage ou d’un contenu généré par un traitement algorithmique à caractère sexuel reproduisant l’image ou les paroles d’une personne sans son consentement», a appris Libération auprès du parquet de Bordeaux, confirmant une information de Sud-Ouest. Il est soupçonné d’avoir généré du contenu pédopornographique en détournant des photos d’enfants à l’aide de l’intelligence artificielle.

Le photographe a également été écroué. Il avait été placé en garde à vue le 24 novembre, après la réception d’un signalement par le parquet de Bordeaux. Effectué dans le cadre de la coopération policière internationale, ce dernier faisait état d’un «partage de fichiers comprenant des images et vidéos pédopornographiques représentant des mineurs déshabillés à l’aide d’un logiciel d’intelligence artificielle».

«Plusieurs milliers de fichiers»

De premières investigations menées par l’Unité nationale cyber (UNC) – une unité de la gendarmerie spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité – ont permis de «localiser le lieu des téléchargements et des échanges des fichiers sur la commune de Pauillac», explique le parquet. Il s’agit d’un studio de photo bien connu des habitants et dans lequel travaillent deux personnes, «dont un homme, comptable retraité reconverti dans la photographie et âgé de 64 ans», souligne encore le communiqué du parquet. Selon nos confrères de Sud-Ouest, une jeune femme de 28 ans a aussi été entendue par les enquêteurs, puis laissée libre.

Le studio photo et le domicile de Michel A. ont en outre été perquisitionnés. Et du matériel informatique saisi. D’après le parquet, son «exploitation partielle» permet déjà de «démontrer la présence de contenu pédopornographique en masse». A savoir «plusieurs milliers de fichiers».

Selon nos informations, le photographe n’était pas connu de la justice. Sa mise en examen a créé la stupeur dans la région. Et plus particulièrement à Pauillac, où «ça a été un vrai choc», comme l’assure le maire de la commune à Libé. Florent Fatin relate avoir reçu «énormément d’appels» de «mamans en pleurs» ou de parents «effarés» et «en colère». Selon l’édile, les gendarmes ont d’ailleurs commencé à entendre des familles pour tenter d’identifier des victimes. «Nous sommes en phase d’identification des victimes», a de son côté confirmé le parquet à propos d’éventuels dépôts de plaintes.

Le maire de Pauillac parle du mis en cause comme d’un homme «très connu dans la région» : «un original», fou des Etats-Unis, de Chrysler PT Cruiser, arborant bagouses et rouflaquettes. Un professionnel actif au niveau local, inscrit à l’association des commerçants de la ville. Les services du «photographe du Médoc» étaient d’ailleurs régulièrement sollicités par la municipalité. Encore cette année, il était prévu que le sexagénaire y prenne des clichés au pied de l’arbre de Noël le 6 décembre. Sur Facebook, une publication du studio photo de Pauillac en date du 30 novembre indique désormais : «Fermeture définitive de la boutique.»

Mise à jour à 16 h 05 avec davantage d’éléments.

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