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Incendie de Crans-Montana : les mousses antibruit au cœur d’une nouvelle vidéo accablante

Des images filmées à l’intérieur du bar Le Constellation, révélées lundi 26 janvier par France 2, montrent l’état précaire des plafonds. Captées deux semaines avant le drame, ces extraits sont accompagnés de messages entre le patron Jacques Moretti et un employé, aujourd’hui grièvement blessé.

Des quilles de billard utilisées pour coller les mousses antibruit au plafond du bar Le Constellation. (France TV)
Publié le 27/01/2026 à 16h53

Du bricolage médiocre qui peut en partie expliquer la violence de l’incendie et l’ampleur de la catastrophe. Une vidéo partagée lundi 26 janvier par France 2 montre un échange de messages accompagnés de vidéos entre Gaëtan, alors responsable du bar Le Constellation à Crans-Montana, et son patron, Jacques Moretti.

Les images datent avant la semaine de Noël. Elles sont prises le 14 décembre, quinze jours avant le drame qui a fait 40 morts et 119 blessés. Sur les images filmées par Gaëtan, on distingue huit plaques de mousses antibruit qui se décollent du plafond. Plusieurs queues de billard posées sur les tables les retiennent. Mais comme elles sont trop courtes, des paquets de serviette en papier ont été disposés à leur sommet pour maintenir la mousse contre le mur.

Après avoir envoyé la vidéo à son employeur, Gaëtan reçoit la réponse de son patron : «Ouais ça a l’air pas mal.» Mais le système D ne semble pas convaincre l’employé. «Vous voyez, on voit le plafond, regardez, par rapport à quand il y avait la canne. Il faudrait peut-être remettre de la mousse, là», pointe le jeune homme. Réponse de Jacques Moretti : «Gaëtan, tu vois si ça tombe, parce que j’ai mis une mousse, mais une mousse que je ne connais pas. Donc dis-moi si c’est bon. Dis-moi si elle tombe ou pas. Si elle tombe, il va falloir le laisser, malheureusement».

Selon l’avocat de Gaëtan cité par France 2, ces images de bricole sont particulièrement accablantes pour la défense de Jacques Moretti. «Ce problème-là, qui était un problème cardinal, crucial et mortel, aux yeux des exploitants, ça devenait complètement accessoire. Humainement, c’est inadmissible», fustige-t-il.

«On parle d’un établissement public, pas de la cave de sa maison»

Face à la justice mardi 20 janvier, Jacques Moretti s’était pourtant défendu de toute négligence et avait rappelé que le service sécurité incendie de la ville de Crans-Montana n’avait rien repéré d’anormal dans son bar. Il avait affirmé même que la mousse utilisée ne présentait aucun danger pour les clients de son établissement. «J’ai pris un chalumeau pour tester la mousse. Ça a brûlé, j’ai dû éteindre le feu. Mais le seul truc qui m’a dérangé, c’est la fumée. Sinon, rien ne m’a choqué. Beaucoup de fumée pour pas grand-chose».

L’incendie serait dû à l’utilisation de feux de Bengale fixés sur des bouteilles de champagne dont les étincelles ont enflammé les mousses antibruit. L’enquête dirigée par les autorités du canton de Valais doit notamment faire la lumière «sur la conformité des travaux réalisés par les gérants, les matériaux utilisés, les voies de secours, les moyens d’extinction ainsi que sur le respect des normes en matière d’incendie».

«Quand vous voyez ça, cela montre qu’il n’en avait rien à faire de la sécurité, a commenté Jean-Michel, le père de Gaëtan interviewé par la chaîne suisse RTS. Si on demande aux serveurs d’aller recoller des choses au plafond avec quatre morceaux de colle… On parle d’un établissement public, pas de la cave de sa maison.»

Toujours selon la RTS, les images vidéo ont depuis été transmises aux enquêteurs français, qui ont auditionné Gaëtan. Le jeune homme de 28 ans a récemment quitté l’hôpital parisien où il était soigné, après avoir été dans un premier temps hospitalisé à Lausanne. Quant à Jacques Moretti, il vit retranché dans son chalet après avoir versé une caution de plus de 200 000 euros et quitté la prison samedi 24 janvier. Il ne sort de chez lui que pour aller pointer quotidiennement auprès des services de police.

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