Jack Lang se débat et dément, Mediapart dégaine de nouveaux éléments. L’ancien ministre de la Culture, dont le nom apparaît près de 700 fois dans l’épais dossier Jeffrey Epstein, tente tant bien que mal de minimiser ses liens avec le criminel sexuel. Il nie aussi son implication dans une société offshore possédée par le financier, et Caroline Lang, la fille de l’ex-ministre, et estimée à plus d’un million d’euros. C’est mal connaître les habitudes du site d’investigation : il publie ce vendredi 6 février de nouveaux extraits de documents qui mettent à mal sa défense déjà brinquebalante.
La tempête dans laquelle est empêtré Jack Lang, 86 ans, - comme de très nombreuses personnalités américaines, britanniques… - date d’il y a une semaine à peine, après la publication d’une nouvelle vague de trois millions de pages des Epstein Files, puis de la publication du premier volet de l’enquête de Mediapart quelques jours plus tard. La salve de documents a mis au jour des liens financiers et privés, dont des échanges directs entre la famille Lang et le magnat américain jusqu’à son arrestation en 2019.
Les nouveaux éléments mis en avant par Mediapart sont extraits des archives du département de la Justice américain. Certains concernent la société offshore Prytanee LLC, officiellement centrée sur l’achat et la vente d’œuvres d’art, cofondée en 2016 par Jeffrey Epstein et Caroline Lang. Ils impliquent également Etienne Binant, financier proche des deux hommes, mécène de l’Institut du monde arabe (IMA) - dont Jack Lang est président depuis 2013 - et administrateur de la société.
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Dans sa défense, l’ancien ministre affirme que toutes les transactions au sein de Prytanee LLC avaient été faites dans son dos. Mais un mail, daté de mars 2018 (dix ans après la première condamnation de l’Américain pour prostitution de mineures), rédigé par Binant et adressé à Epstein, le contredit. Jack Lang y est explicitement cité et décrit comme «très impliqué». Le rédacteur du mail laisse entendre que des déplacements du président de l’IMA ont été pris en charge par Prytanee LLC. Un précédent mail épluché par le site d’investigation fait état d’un «avantage offert» au couple Lang - sa nature n’a pas encore été établie.
Voiture et anniversaire
La question des déplacements revient dans d’autres messages : en décembre 2017, lorsque Epstein demande à Binant de s’occuper d’une voiture et d’un chauffeur pour Lang ; en septembre 2017, lorsque ce dernier demande la voiture du magnat américain pour se rendre à un dîner dans l’Oise - où il n’est finalement pas allé, ce qui a valu un message d’excuse de Caroline Lang à Jeffrey Epstein.
Pas de lien d’amitié entre les deux hommes ? L’histoire ne s’arrête pas à des véhicules. «Jack a insisté personnellement pour que tu viennes pour son anniversaire. Jack est très discret, c’est réservé à son cercle intime, et ça compte beaucoup pour lui», écrit encore Binant à Epstein, le 3 septembre 2017.
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Aux questions de nos confrères, l’ex-ministre français élude, nie, comme il le fait depuis des jours dans une foison d’interviews et prises de paroles publiques. «Jamais» de voiture ni de chauffeur − «des taxis peut-être», mais uniquement pour réduire la facture de l’Institut du monde arabe. Aucun souvenir d’anniversaire, et puis «quelle importance ?».
Rien, à ce stade, n’indique que Jack Lang aurait pris part aux crimes sexuels et trafic de jeunes filles de Jeffrey Epstein. Mais les preuves s’accumulent suffisamment pour entrevoir leur relation et liens d’intérêts, entretenus bien après que ces faits ont été rendus publics. Et pour ébranler la stature de Jack Lang, en plus des appels à la démission de son poste à l’IMA, l’inquiétude souffle jusque dans les hautes sphères de l’Etat : l’actuel président de l’institution, qui a exclu de démissionner à ce stade, a été convoqué au Quai d’Orsay et sera reçu dimanche 8 février pour s’expliquer.




