«Non, je ne me tairai pas.» Pour la première fois depuis la mort de son frère Mehdi, 20 ans, abattu à Marseille par deux personnes à moto, jeudi 13 novembre, le militant Amine Kessaci a pris la parole dans une tribune publiée ce mercredi par le journal le Monde. «Je dirai et répéterai que mon frère Mehdi est mort pour rien. Je dirai la violence du narcotrafic», promet l’écologiste de 22 ans, engagé dans la lutte contre le narcobanditisme. En 2020, le jeune homme avait déjà été endeuillé par l’assassinat d’un autre de ses frères, Brahim, 22 ans, dont le corps avait été retrouvé carbonisé dans un véhicule.
«On me parle de crime d’avertissement. Mais un crime n’est jamais un avertissement. Le sang versé l’est pour toujours, et a plongé ma famille dans l’infini de la mort. On nous frappe pour nous briser, pour nous domestiquer, pour nous asservir», écrit aussi Amine Kessaci, qui a enterré son frère mardi. «Voici ce que font les trafiquants : ils tentent d’annihiler toute résistance, de briser toute volonté, de tuer dans l’œuf tout embryon de révolte pour étendre leur pouvoir sur nos vies», ajoute-t-il. Et le militant de déplorer que la protection policière qui lui avait été accordée ces dernières semaines n’ait pas été étendue à ses proches. «Pourtant, qui ignorait que ma famille avait déjà payé un tribut de sang ? Comment ne pas savoir que ma famille pouvait être touchée ?» s’interroge-t-il.
«Face à un tel ennemi, l’Etat doit prendre la mesure de ce qu’il se passe et comprendre qu’une lutte à mort est engagée, prévient-il encore. Il est temps d’agir, par exemple de faire revenir les services publics dans les quartiers, de lutter contre l’échec scolaire qui fournit aux trafiquants une main-d’œuvre soumise, de doter les enquêteurs et les forces de police des moyens dont ils ont besoin, de renforcer, de soutenir réellement les familles de victimes du narcotrafic. Nous comptons nos morts, mais que fait l’Etat ?» Face à l’Assemblée nationale, mardi, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a évoqué un «énorme défi de société» et estimé que la lutte contre le narcotrafic devait s’inspirer de celle «contre le terrorisme».




