Pendant plus de trois mois, Libération a suivi le procès des viols de Mazan au tribunal judiciaire d’Avignon. Le principal accusé, Dominique Pelicot, est l’architecte d’un système tentaculaire de violences sexuelles sous soumission chimique, dans le cadre duquel il a violé et fait violer celle qui était alors sa femme, Gisèle Pelicot, par des inconnus recrutés en ligne. A ses côtés, 50 coaccusés se sont succédé à la barre de la cour criminelle départementale du Vaucluse. Libération dresse les profils de ces hommes, dont la quasi totalité étaient poursuivis pour «viol aggravé», avant le verdict rendu ce jeudi 19 décembre.
Nom : Mahdi Daoudi
Age : 36 ans.
Profession : Employé d’une société de transport.
Faits : Une venue, la nuit du 5 au 6 octobre 2018.
Statut : Comparaît libre, après dix-sept mois en détention provisoire pour «viol aggravé».
Peine requise : Douze ans de réclusion criminelle.
Verdict : 8 ans d’emprisonnement, 5 ans d’inéligibilité, mandat de dépôt.
Après cette nuit d’octobre 2018, Mahdi Daoudi a continué «à pratiquer le libertinage» et «ça s’est bien passé». Durant l’instruction, cet employé d’une société de transport, ayant varié sur ses versions, avait pris soin de le préciser avant d’ajouter : «Vous me demandez ce que j’ai pensé de ce scénario ? C’était sans plus.» Alors qu’il avait pendant un temps nié les pénétrations imposées à Gisèle Pelicot – «le choc de la garde à vue» – ce trentenaire, arrivé en France en 1993 et élevé par sa sœur, reconnaît à la barre la matérialité des faits tout en niant l’intention de violer. Sur Coco, Dominique Pelicot lui aurait proposé «une relation trioliste» avant de lui dire, sur place, que son épouse était «un peu timide et [qu’elle allait] faire semblant de dormir». La «flaccidité des tissus», «sa bouche entrouverte» que le président Roger Arata lui fait remarquer, ne l’alerte pas. «Ça s’est déroulé très rapidement.» Les ronflements ? «Je ne les ai pas perçus.»
Il ne se «rend compte qu’il y a un problème» qu’en lui imposant une fellation. Comme un certain nombre d’accusés, Mahdi Daoudi précise qu’il «n’a pas pris de plaisir», comme si cela l’allégeait d’une part de responsabilité. Et se sert de son absence de préservatif comme d’un alibi : «Si je m’apprête à commettre un crime, je ne vais pas laisser mon ADN partout comme ça.» Se victimisant – «ça m’a détruit le fait d’avoir pris part à ça» – cet homme divorcé, père d’un enfant, maintient : «A aucun moment, j’avais conscience de commettre un viol.» Usant de mythes dépassés sur le viol, son avocat, Guillaume de Palma, osera même lui demander : «Vous êtes censé être un violeur qui caresse ?»