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Jean-Charles Naouri, ex-PDG de Casino, condamné pour corruption et délit d’initié

L’homme d’affaires a écopé de quatre ans de prison dont un ferme et d’un million d’euros d’amende. Casino, trois de ses anciens cadres et le patron de presse Nicolas Miguet ont également été reconnus coupables.

L'ex-PDG de Casino Jean-Charles Naouri, à l'ouverture de son procès au tribunal correctionnel de Paris, le 1er octobre 2025. (Bertrand Guay/AFP)
Publié le 29/01/2026 à 16h52

Une nouvelle étape dans la chute d’un des plus emblématiques représentants du capitalisme français. Accusé maintenu artificiellement le cours boursier du groupe Casino, dont il a été à la tête entre 2005 et 2024, Jean-Charles Naouri a été condamné ce jeudi 29 janvier à quatre ans d’emprisonnement, dont un ferme, sous forme de bracelet électronique à domicile. Il a également été condamné à un million d’euros d’amende, cinq ans d’interdiction de gestion et de privation de droits civiques.

Le tribunal correctionnel de Paris l’a reconnu coupable de corruption privée, de délits d’initié et de diffusion d’informations trompeuses. Comme tous les prévenus, il a en revanche été relaxé du chef de manipulation de cours, relève le média LSA, présent lors du délibéré. La juridiction a estimé que l’impact de la manœuvre sur les cours boursiers n’étaient pas avérés.

Son principal coaccusé, le patron de presse Nicolas Miguet, a de son côté écopé de quatre ans de prison dont deux fermes avec mandat de dépôt à effet différé, ce qui signifie qu’il sera incarcéré à une date ultérieure. Le candidat infructueux à plusieurs élections présidentielles et multicondamné pour des infractions financières devra par ailleurs régler une amende de 800 000 euros. Il est également interdit définitivement d’exercer une activité de conseil, d’analyse ou de recommandation en matière d’investissement.

Les trois anciens cadres du groupe placés sur le banc des accusés, dont faisaient notamment partie les directeurs de la communication et du service juridique, ont chacun été condamné à trois ans de prison avec sursis et d’amendes allant de 250 000 à 500 000 euros. En tant que personne morale, la société Casino a quant à elle écopé de 40 millions d’amende, dont 20 millions avec sursis.

«Un feuilleton manipulatoire»

Lors des débats, les représentants du parquet avaient pointé une manipulation de cours «orchestrée par Casino» de septembre 2018 à juin 2019, mais aussi l’«intention frauduleuse des dirigeants et cadres de Casino ainsi que de Nicolas Miguet dans la diffusion d’un “feuilleton manipulatoire”».

L’affaire concerne la signature d’un devis pour une «opération de réinformation» entre Jean-Charles Naouri et Nicolas Miguet. Sous couvert d’un contrat de prestation de conseils d’environ 800 000 euros, versés par le distributeur via plusieurs de ses sociétés, le patron de presse avait, selon l’accusation, utilisé ses différents canaux de diffusion pour défendre le cours de Bourse de l’entreprise, notamment auprès d’actionnaires individuels. Et ce, sans informer son public de ses liens financiers avec le groupe.

A l’époque des faits, Casino était sous le feu d’analystes financiers s’inquiétant de sa solvabilité et était pressé par les marchés de réduire son endettement. Début septembre 2018, l’action Casino était tombée au plus bas jusqu’alors, autour de 25 euros.

«Une opération de barbouzes»

En octobre 2025, les représentants du parquet national financier avaient demandé quatre ans d’emprisonnement dont trois avec sursis et aménagement de la partie ferme, ainsi que 2 millions d’euros d’amende contre l’ex-patron du groupe, passé par Bercy et le milieu bancaire. A l’encontre de Nicolas Miguet, des peines de quatre ans d’emprisonnement avec exécution immédiate et 850 000 euros d’amende à titre personnel ont été requises, ainsi que 1 500 000 euros d’amende pour ses diverses sociétés.

A la barre du tribunal correctionnel de Paris, tous les prévenus avaient réclamé leur relaxe, alors que le vice-président du PNF dénonçaient une «opération de barbouzes». Si Nicolas Miguet avait formellement nié une telle intention, le grand distributeur avait, lui, déploré des réquisitions «disproportionnées», faisant valoir que «le Nouveau Casino n’a plus rien à voir, ni par sa taille, ni par sa situation financière ou sa gouvernance, avec celui qu’il était à l’époque des faits». En grande difficulté, l’enseigne et ses marques ont atterri en 2024 dans l’escarcelle du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, par ailleurs créancier de Libération.

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