Quinze jours avant la mise en place du Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), Gérald Darmanin détaille ce samedi 20 décembre les contours et les missions de ce dernier dans un entretien au Parisien. «La question est de savoir désormais qui va gagner entre l’autorité de l’Etat et la criminalité organisée», a notamment estimé le ministre de la Justice.
«Le point de bascule, ce sera le jour où l’Etat aura peur car il n’est plus capable d’installer des caméras de vidéosurveillance, de juger les narcotrafiquants, de créer des prisons de haute sécurité», poursuit le garde des Sceaux, relevant qu’«on n’en est pas là».
«Une criminalité très mouvante»
Le Pnaco doit être installé le 5 janvier, «avec 16 magistrats, 13 greffiers et une équipe d’assistants spécialisés et d’officiers de liaison [qui] viennent des finances publiques, de la police, des douanes ou de l’administration pénitentiaire», et dix magistrats supplémentaires en septembre, a indiqué sa future patronne, Vanessa Perrée, dans l’entretien croisé du Parisien. «On va notamment récupérer près de 170 affaires très complexes, comme l’évasion de Mohamed Amra», a-t-elle ajouté.
Selon Gérald Darmanin, «le Pnaco devra analyser une criminalité très mouvante dont les circuits financiers sont complexes». «Il convient notamment de répondre à une question essentielle : où passent ces 6 milliards d’euros générés par le trafic de stupéfiants ?» interroge-t-il, préconisant de «“suivre l’argent”, comme le disait le juge [Giovanni] Falcone», magistrat italien antimafia qui avait obtenu des résultats spectaculaires dans les années 80, notamment avec le «maxi-procès de Palerme».
«Une partie de l’argent du narcotrafic rejoint l’économie réelle, à ce titre cela ressemble à une mafia», note le ministre de la Justice. Qui compare également la criminalité organisée au terrorisme – dont les affaires sont traitées par le Parquet national antiterroriste, créé en 2019, et dont le Pnaco se veut un calque – en ce «qu’il y a désormais des organisations criminelles qui veulent se substituer à l’autorité de l’Etat, en faisant taire ceux qui travaillent contre eux : on revit ce qu’on a vécu avec le terrorisme, et l’Etat se doit d’y répondre de la même manière».
Analyse
Gérald Darmanin s’est par ailleurs dit favorable à «une utilisation de moyens contrôlés mais dérogatoires au droit commun», appelant à «développer le renseignement comme dans le terrorisme où 90 % des affaires proviennent du renseignement avant d’être judiciarisées».
Le garde des Sceaux relève «deux points noirs». Premièrement, «les réseaux de communication parallèles utilisés par les narcotrafiquants», et la loi qui «ne permet pas» selon lui «à la justice et aux services enquêteurs» de les «suivre correctement». Ensuite, «l’engorgement des tribunaux, en raison de l’accroissement des dossiers liés au narcotrafic».




