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Six à huit mois de prison avec sursis contre l’ex-patron de la DGSE Bernard Bajolet pour complicité de tentative d’extorsion

L’ancien patron des renseignements français était accusé par un homme d’affaires d’avoir usé de la contrainte pour lui réclamer de l’argent en 2016. Vendredi, le parquet a requis une peine de prison avec sursis à son encontre.

L' ancien directeur général de la DGSE, Bernard Bajolet, arrive au tribunal de Bobigny, le 6 novembre 2025. (Alain Jocard/AFP)
Publié le 06/11/2025 à 11h05, mis à jour le 07/11/2025 à 12h41

Six à huit mois de prison avec sursis. C’est la peine qu’a réclamé vendredi le parquet pour l’ex-directeur général des services secrets français Bernard Bajolet. Ce dernier était jugé depuis jeudi devant le tribunal judiciaire de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Il lui était reproché de s’être rendu complice d’une tentative d’extorsion à l’égard d’un homme d’affaires en litige depuis des années avec la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), dont il fut le chef entre avril 2013 et mai 2017.

Ce procès de l’ancien haut fonctionnaire de 76 ans, qui comparaissait également pour atteinte arbitraire à la liberté individuelle par personne dépositaire de l’autorité publique, s’est étalé sur deux jours, devant la 14e chambre correctionnelle du tribunal de Bobigny.

«Proches observés et suivis»

Les faits pour lesquels il est poursuivi remontent au 12 mars 2016, jour où Alain Duménil, homme d’affaires franco-suisse impliqué dans pléthore d’affaires judiciaires et de litiges commerciaux, est arrêté par la police aux frontières à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, alors qu’il doit se rendre en Suisse. Les policiers l’embarquent sous prétexte de devoir vérifier son passeport et le conduisent dans une salle où deux hommes en civil appartenant à la DGSE l’interrogent et lui apprennent qu’il doit rembourser 15 millions d’euros à la France.

Les agents, dont l’identité n’est pas connue car Bajolet a refusé de la décliner, utilisent, selon une source judiciaire, «la menace», notamment en montrant à l’homme interpellé des photographies de lui et de sa famille, «afin de lui faire comprendre que ses proches et lui-même étaient observés et suivis».

Cette affaire est «emblématique de la privatisation des moyens régaliens par un ex-grand serviteur de l’Etat pour obtenir un paiement indu et régler des comptes», estime auprès de l’AFP l’avocat de l’homme d’affaires, Maître William Bourdon.

«Secret de la défense nationale»

L’ex-dignitaire reconnaît avoir validé la tenue de cet entretien avec Alain Duménil, en sachant toutefois qu’il aurait été mené «dans le seul but de lui proposer une reprise de contact entre avocats respectifs pour régler le litige qui l’opposait à la DGSE», selon la source judiciaire.

Néanmoins, l’ancien chef des renseignements a réfuté avoir «personnellement donné des instructions précises quant à la mise en œuvre de cet entretien», jugeant que cela était de «la responsabilité du chef de service en charge de ce dossier», dont il a refusé de donner l’identité, relevant selon lui du «secret de la défense nationale». Son avocat, Maître Mario-Pierre Stasi, juge auprès de l’AFP que les charges reposant sur son client sont ainsi un «non-sens juridique». «Il n’a commis aucune infraction» et «on ne peut lui reprocher aucune action, aucune initiative, aucun fait en lien avec un quelconque délit», ajoute l’avoué.

Alain Duménil est une bête noire de la DGSE depuis un litige qui remonte à plus de deux décennies. Les services secrets estiment que l’homme d’affaires les a arnaqués et leur doit 15 millions d’euros, dont trois d’intérêts, après des manœuvres financières qui lui ont valu d’être mis en examen pour banqueroute.

Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les services de renseignements extérieurs gèrent un «patrimoine privé» confié par l’Etat dans une volonté d’indépendance de l’institution en cas d’occupation étrangère ou de disparition du gouvernement. A la fin des années 1990, la DGSE a réalisé des investissements infructueux dans une société. Alain Duménil avait été appelé à la rescousse mais, selon un article de Challenges datant de 2021, il aurait alors réalisé un «tour de passe-passe» via une holding au détriment, notamment, de la DGSE.

Mise à jour à 12h40 avec les réquisitions contre Bernard Bajolet

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