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L’anesthésiste Arnaud Chiche, figure de la lutte des soignants, visé par une plainte pour harcèlement moral et sexuel

La plaignante est une infirmière, ex-membre du collectif créé par le médecin lors de la crise du Covid. Une enquête préliminaire a été ouverte par le tribunal de Lille. Arnaud Chiche, qui nie les faits, avait déjà été condamné en mars 2025 pour des faits similaires sur son ex-femme.

Arnaud Chiche, médecin anesthésiste et réanimateur, président du collectif "Santé en Danger" à Hénin-Beaumont, le 8 octobre 2020. (Aimée Thirion/Libération)
Publié le 11/12/2025 à 13h16

Le médiatique anesthésiste Arnaud Chiche une nouvelle fois rattrapé par la justice. Déjà attendu à la mi-décembre pour une audience de conciliation à la suite d’une plainte de syndicats infirmiers, qui lui reprochent «des publications insultantes sur les réseaux sociaux», le porte-parole des soignants durant le Covid est l’objet d’une enquête pour des faits de «harcèlement moral et sexuel». Selon les révélations du «Quotidien du Médecin», l’instruction a été ouverte le 18 novembre par le parquet de Lille, à la suite du dépôt de plainte en octobre de Laura K., une infirmière exerçant dans le Nord.

Des faits graves derrière «un humour carabin»

Âgée de 36 ans, la soignante a accompagné dès 2020 Arnaud Chiche au lancement de son collectif «Santé en danger», ayant pour but «la défense et la dignité des soignants et usagers». Il regroupe près de 240 000 membres sur sa page Facebook, et vaut au médecin nordiste des passages réguliers dans les médias. Les faits décrits par l’infirmière remontent aux débuts du collectif, qu’elle quittera au mois de novembre 2020, après avoir occupé pendant plusieurs mois à titre bénévole le poste d’assistante d’Arnaud Chiche.

Selon son avocat Me Arnaud de Lavaur joint par Libération, Laura K. a subi des avances répétées de la part de l’anesthésiste sous la forme de dizaines de messages tendancieux, parfois menaçants. Les propos à connotation sexuelle - mention de la taille de son sexe, propositions déplacées -, présentés comme des taquineries, «jouaient toujours sur un humour carabin», selon le conseil de Laura K.

«Dès qu’elle ne faisait pas ce qu’il disait c’était la guerre», appuie Me de Lavaur. Durant les mois qu’elle a passés au sein de «Santé en danger», la plaignante a poliment refusé les avances d’Arnaud Chiche, sans oser les dénoncer, «contrainte» par le prestigieux statut du médecin.

Deux plaintes pour harcèlement et diffamation contre Laura K.

Pour Me Alexandre Demeyere-Honoré, avocat d’Arnaud Chiche, le calendrier de la plaignante interroge. Il indique à Libération que son client avait déposé en septembre et en octobre 2025, deux plaintes préalables à celle de Laura K., pour harcèlement et diffamation. Selon lui, l’anesthésiste nordiste serait la cible d’une campagne de dénigrement sur le réseau social X depuis juillet dernier, dont l’infirmière serait une des principales instigatrices. «On perçoit sa plainte plutôt comme une contre-attaque», interprète Me Demeyere-Honoré, qui rappelle qu’Arnaud Chiche conteste toutes les accusations à son encontre.

Une théorie réfutée par l’avocat de Laura K. : «Nous n’avons aucun élément de procédure permettant de confirmer qu’il y a des plaintes contre ma cliente. Ce sont surtout des effets d’annonce à ce jour», affirme celui qui a découvert l’existence de ces dépôts de plainte dans la presse.

Le médecin déjà condamné pour des faits similaires sur son ex-femme

«On s’étonne de cette plainte qui arrive 5 ans et demi après les faits», réagit notamment le conseil du médecin. Un argument - fréquemment utilisé dans la défense des mis en cause pour des faits de violences sexuelles - balayé par l’avocat de Laura K. Si sa cliente porte plainte cinq ans après les faits, c’est parce qu’elle se dit «prête», alors qu’à l’époque «ce n’était pas le cas», précise-t-il.

Cette décision «douloureuse» a été motivée par la découverte d’un précédent judiciaire d’Arnaud Chiche pour des faits similaires, assure Me de Lavaur. Selon un jugement consulté par Libération, le médecin anesthésiste a en effet été reconnu coupable en mars 2025 pour des faits de harcèlement à l’encontre de son ex-femme, «entraînant une incapacité supérieure à huit jours». Malgré sa condamnation définitive à six mois de prison avec sursis, il avait obtenu qu’elle ne soit pas inscrite à son casier judiciaire.

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