Menu
Libération
Sanction

L’avocate polémique du procès des viols de Mazan, Nadia El Bouroumi, interdite d’exercer pendant deux mois

L’avocate était jugée par ses pairs ce jeudi, pour «manquement à la modération et à la délicatesse». Elle avait publié sur les réseaux sociaux des «débriefs» des audiences, où elle défendait deux accusés.

Nadia El Bouroumi, avocate de deux accusés, avant sa plaidoirie finale devant le tribunal judiciaire d'Avignon, France, le 13 décembre 2024. (Laurent Coust/ABACA)
Publié le 18/12/2025 à 18h30, mis à jour le 18/12/2025 à 18h30

Quatre mois sans exercer dont deux avec sursis. C’est la sanction prononcée par le conseil régional de l’Ordre des avocats de Nîmes, ce 18 décembre, à l’encontre de l’avocate Nadia El Bouroumi. Cette dernière avait suscité la polémique lors du procès dit «des viols de Mazan», de Dominique Pelicot et ses coaccusés, pour des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, dans lesquelles elle se livrait à des commentaires sur l’affaire. L’avocate défendait deux des 50 coaccusés de Dominique Pelicot dans ce procès historique, où les accusés ont été condamnés à des peines allant de trois à vingt ans de prison.

Manquements à «la modération et à la délicatesse»

Le 26 novembre, devant ses pairs du conseil régional de l’Ordre des avocats, une interdiction d’exercer pendant dix-huit mois avait été requise à son encontre, pour «manquement à la modération et à la délicatesse». Dans une première vidéo, publiée par l’avocate le 19 septembre 2024, Nadia El Bouroumi relatait face caméra, alors que des photos intimes de Gisèle Pelicot étaient diffusées pour la première fois dans la salle : «On a diffusé des photos de madame [Gisèle Pelicot, ndlr] qui sont effectivement dans des positions qui posent problème puisque, depuis quelques jours, elle nous expliquait qu’elle n’avait jamais, jamais participé à quoi que ce soit.»

Et de laisser entendre que Gisèle Pelicot était en réalité consentante aux viols commis par son ex-mari et les 50 autres hommes accusés. «Elle s’est mise en colère», relate l’avocate. «Moi, j’ai pris le micro en disant que c’était elle qui avait souhaité que ce soit public et que maintenant il ne s’agissait pas de se plaindre.» Une sortie virulente qui avait choqué.

Le lendemain, Nadia El Bouroumi s’était filmée dans une seconde vidéo destinée à ses 52 000 abonnés sur Instagram, au volant de sa voiture… en plein karaoké sur la chanson des années 80 Wake Me Up Before You Go-go du groupe Wham. Traduit en français, son refrain signifie «réveille-moi avant de partir» ; un choix qui interpelle, alors que durant dix ans, Gisèle Pelicot a été droguée et sédatée avant d’être violée par son ex-mari et des dizaines d’hommes que ce dernier recrutait sur internet. Nadia El Bouroumi s’était ensuite défendue sur le même réseau social, plaidant «une mauvaise interprétation» de cette chanson, choisie «au hasard» dans sa playlist.

L’avocate en recherche «de buzz»

La procédure à l’encontre de Nadia El Bouroumi a été lancée par le bâtonnier d’Avignon dès le 13 décembre 2024. Selon lui, ces vidéos ont «porté atteinte à la profession». Me Philippe Cano a notamment estimé que sa consœur avait cherché «la polémique, le buzz».

Celle-ci a par ailleurs été condamnée en première instance en avril – pour des faits sans lien avec le procès des viols de Mazan – à un an avec sursis d’interdiction d’exercer, pour avoir «contrevenu aux règles déontologiques de la profession en étant actionnaire majoritaire d’une société commerciale dispensant des prestations de coaching». Nadia El Bouroumi avait annoncé faire appel de cette décision.

Concernant les faits liés à Mazan, elle avait indiqué déposer elle-même plainte contre X pour «menaces et harcèlement», à la suite des réactions et des invectives suscitées par ses publications sur les réseaux sociaux.

Dans la même rubrique