Des insultes, des coups et des humiliations. A la barre du tribunal correctionnel de Paris, Jérémy*, 13 ans, raconte les violences commises par son père à son encontre. Des insultes répétées, des coups, dont sont victimes ses deux sœurs, Sophie et Sarah, âgées de 10 et 7 ans, et lui. Dans un article publié ce lundi 26 janvier, Mediapart révèle la condamnation à quatre mois de prison avec sursis du père de famille en question : Thomas Bauder, directeur de l’information de la chaîne CNews.
A juste titre, le site d’information rappelle dans son article les récentes sorties de chroniqueurs ou journalistes débattant sur le plateau de CNews autour du thème des violences éducatives. Certains ont ainsi défendu le recours aux châtiments corporels suite à la promulgation de la loi antifessée en 2019. Ou encore après une décision de justice de janvier 2024 qui portait sur le «droit de correction» retenu par les juges de la cour d’appel de Metz pour justifier la relaxe d’un policier jugé pour des violences sur ses fils. Les journalistes de Mediapart pointent que bien souvent CNews tend à minimiser ces violences, prônant la punition et le mantra «une bonne claque et au lit».
Comme en atteste le jugement consulté par Mediapart, les trois enfants du journaliste ont chacun détaillé avec précisions les violences qu’ils reprochaient à leur père, Thomas Bauder. Un récit fait devant les enquêteurs mais également au cours de l’audience publique du 10 septembre 2025. «Lors de son audition devant le tribunal, Jérémy maintiendra avoir subi de manière régulière des violences physiques et verbales de la part de son père, peut-on lire dans la décision du tribunal correctionnel de Paris en date du 9 décembre 2025. Il expliquera qu’à la moindre bêtise il était rabaissé, qu’il pouvait être insulté de “sale con” ou d’“enculé”, qu’il recevait régulièrement des gifles au visage et qu’il avait aussi subi des douches froides du temps de la vie commune. Il expliquera avoir également reçu des coups de pied dans le ventre.»
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Selon Mediapart, Thomas Bauder a été condamné pour des faits de violences sur ses enfants (sans entraîner d’incapacité) et avoir tenu des propos blessants à leur encontre entre 2017 et 2023. Le site informe que le grand reporter a fait appel de la décision du tribunal prononcée le 9 décembre.
Douches froides, coups et insultes
Le directeur de l’information de CNews et numéro deux de la chaîne d’extrême droite, porte-étendard du groupe de Vincent Bolloré, est en poste depuis 2016. Il y a été nommé après la grève historique qui a bouleversé la rédaction d’iTélé après le rachat du groupe Canal + par le milliardaire breton. C’est lui qui chaque matin décide des sujets qui feront l’antenne et sur lesquels vont débattre les chroniqueurs.
Durant l’audience relatée par Mediapart, le patron de l’information de CNews a assuré «ne pas être violent» mais reconnu avoir giflé l’une de ses filles, et notamment lui avoir dit un jour : «Je veux que tu disparaisses de ma vie.» Il reconnaît également avoir donné des douches froides à son fils pour le calmer quand il «était très agité et difficilement gérable», mais assure que c’était à l’initiative de sa compagne.
Ainsi, Thomas Bauder affirme «ne jamais avoir martyrisé ni violenté ses enfants», relate le jugement. «Il reconnaîtra avoir pu leur donner ponctuellement des gifles de manière réactionnelle, mais niera tout autre acte de violence physique à leur égard ; il reconnaîtra également avoir une grosse voix, être impressionnant mais aussi avoir pu tenir des propos parfois blessants à leur égard», précise le texte.
L’autorité parentale pas remise en question
En plus de la condamnation à quatre mois de prison avec sursis par les juges, Thomas Bauder doit payer la somme de 1 euro symbolique à chacun de ses enfants «en réparation» de leur «préjudice moral» pour les violences commises. Dans sa décision, le tribunal précise toutefois avoir tenu compte de son casier vierge, «le conflit de loyauté dans lequel la fratrie est prise», et ne juge pas nécessaire de lui retirer l’autorité parentale.
Mediapart ajoute par ailleurs qu’en 2024, une décision du juge aux affaires familiales a contraint provisoirement Thomas Bauder à exercer son droit de visite de façon médiatisée (en présence d’un professionnel), dans les «locaux d’un espace rencontre», une fois par mois seulement. Puis le 21 janvier, un nouveau jugement a assoupli les règles relatives à Jérémy, mais maintenu des visites médiatisées s’agissant des deux filles (pour six mois renouvelables).
Sollicité par Mediapart, Thomas Bauder n’a pas voulu donner davantage d’explications. «J’ai effectivement fait appel du jugement m’ayant condamné pour les faits que vous évoquez – que je conteste absolument – et bénéficie dès lors de la présomption d’innocence», a-t-il simplement répondu.




