Quatre militants écologistes et responsables syndicaux ont contesté en appel, ce mercredi 3 décembre, leur condamnation pour avoir organisé l’un des rassemblements interdits contre la réserve d’eau agricole de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), estimant que la justice leur a donné raison depuis en déclarant celle-ci illégale.
«La suite des événements a montré que ces manifestations étaient nécessaires, et c’est une fierté que d’y avoir participé», a lancé devant la presse l’un des prévenus, Benoît Feuillu, porte-parole du mouvement Les Soulèvements de la Terre. «On voit aujourd’hui que la résistance a porté ses fruits», a abondé Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, en référence au surnom donné à ces retenues d’irrigation par leurs opposants dans la région.
Des peines de prison avec sursis en première instance
Celle de Sainte-Soline et trois autres ont été déclarées illégales, fin 2024, par la cour administrative d’appel de Bordeaux au motif que leur construction menace la survie d’une espèce d’oiseau protégée. Les deux militants avaient été condamnés à des peines de prison avec sursis en première instance l’an dernier, tandis que le tribunal de Niort avait prononcé des amendes à l’encontre des responsables départementaux des syndicats CGT et Solidaires. Tous les quatre, qui contestent leur statut d’«organisateur», ont fait appel.
L’audience de mercredi après-midi à Poitiers ne porte pas sur la manifestation de mars 2023 à Sainte-Soline, émaillée de violents affrontements entre manifestants et gendarmes, mais sur une précédente à laquelle plusieurs milliers de personnes avaient déjà participé, fin octobre 2022. Elle intervient cependant alors que le rassemblement de 2023 est revenu sur le devant de la scène, début novembre, avec les révélations de Libération et Mediapart sur les vidéos extraites des caméras piétons que portaient les gendarmes.
«Il y avait eu des blessés»
On y voit des militaires effectuer des tirs tendus répétés de grenades, une pratique dangereuse et interdite pourtant encouragée par des membres de leur hiérarchie ce jour-là selon ces enregistrements, et des propos révélant une volonté de blesser des manifestants. En 2022 déjà, «il y avait eu des blessés, des grenades mutilantes», a déclaré Benoît Feuillu, pour qui la procédure engagée contre les prévenus «ne vise qu’à dédouaner les responsables des violences commises à Sainte-Soline».
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Après la révélation des images de 2023, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a ordonné une enquête administrative, tout en refusant de parler de «violences policières». Des manifestants grièvement blessés ayant porté plainte ont réclamé, eux, l’ouverture d’une information judiciaire, alors qu’une enquête préliminaire est ouverte depuis deux ans et demi au parquet de Rennes.




