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Boîtier espion sur un ferry à Sète : «les ingérences proviennent très souvent du même pays», souligne Laurent Nuñez

Un Letton a été mis en examen et placé en détention provisoire après la découverte d’un dispositif qui aurait pu permettre de prendre le contrôle du navire, sur lequel il travaillait. Une action de la Russie est soupçonnée.

Un navire de la compagnie GNV dans le port de Sète. (Bertrand Rieger/Hemis. AFP)
Publié le 16/12/2025 à 17h46, mis à jour le 17/12/2025 à 9h27

Un mystérieux boîtier, deux arrestations et de nouveaux soupçons d’ingérence étrangère. Deux membres de l’équipage d’un bateau de croisière ont été interpellés en fin de semaine dernière et placés en garde à vue, après la découverte d’un système informatique à bord du ferry sur lequel ils travaillaient, a fait savoir mardi le parquet de Paris, confirmant une information du Parisien. «Des individus ont tenté de s’introduire dans le système de traitement d’un navire […] C’est une affaire très grave», a souligné ce mercredi 17 décembre au matin le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, sur France Info.

Le navire, baptisé Fantastic, appartient à la compagnie italienne GNV et peut embarquer un peu plus de 2 000 passagers pour des croisières en Méditerranée. Il était accosté au port de Sète (Hérault) au moment de l’intervention des forces de l’ordre.

Le logiciel espion, «qui ressemble à une sorte de clé USB ou de disque dur» d’après le Parisien, serait susceptible de permettre une prise de contrôle à distance du bateau. Le système informatique du navire aurait pu être infecté par un dispositif malveillant de type RAT (remote access tool) - qui laisse imaginer la possibilité d’un détournement de l’énorme navire à des fins malveillantes -, selon un renseignement transmis par les autorités italiennes. Une autre info venue de l’autre côté des Alpes a permis l’arrestation des deux membres d’équipage : il s’agit d’un Letton et d’un Bulgare.

«Puissance étrangère»

Une information judiciaire a été ouverte pour plusieurs chefs, selon le parquet de Paris : «atteinte à un système de traitement automatisé de données en bande organisée dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère, participation à une association de malfaiteurs, détention sans motif d’équipement ou programme conçu pour une atteinte à un système de traitement automatisé de données en bande organisée dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère».

Ces motifs suggèrent que la justice française étudie l’hypothèse d’une ingérence de la part d’un autre pays. La Russie est régulièrement pointée du doigt pour le recours à des personnes originaires des pays de l’Est pour conduire des opérations de déstabilisation en France, comme les mains rouges, les cercueils sous la tour Eiffel, les étoiles de David tagguées à Paris ou encore les têtes de cochons déposées devant des mosquées. «En ce moment, les ingérences étrangères proviennent très souvent du même pays», a fait remarquer ce mercredi le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Il a aussi reconnu que ce type de logiciel espion «a pu être trouvé dans d’autres affaires», sans donner d’avantage de précision.

À l’issue des gardes à vue, le suspect letton a été mis en examen de ces chefs et placé en détention provisoire. Le Bulgare a, lui, été remis en liberté sans qu’aucune charge ne soit retenue à son encontre. Auprès du Parisien, l’avocat du premier affirme que «l’instruction éclairera plusieurs éléments encore troubles de ce dossier. Elle permettra notamment de démontrer que ce dossier n’est pas aussi inquiétant qu’il a pu l’être de prime abord». Le logiciel espion, lui, est actuellement expertisé par les services français.

Dans un premier temps immobilisé et placé sous scellé, le Fantastic a fait l’objet d’investigations menées en urgence par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui ont permis de saisir un certain nombre d’éléments. Le navire a ensuite pu reprendre la mer après l’accord des autorités maritimes, une fois les constatations techniques réalisées et tout danger écarté pour les personnes à bord.

Des perquisitions ont également été menées en urgence en Lettonie avec le soutien de l’Unité de coopération judiciaire de l’Union européenne (Eurojust) et des autorités lettones.

Mise à jour ce mercredi 17 décembre à 9 h 26 avec l’ajout des déclarations du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.
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