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Antisémitisme

Propos «faisant l’apologie du nazisme» à la Sorbonne : des références clairement d’extrême droite, la justice saisie

Des étudiants en médecine ont affiché des propos antisémites et des références pointues d’extrême droite en plein cours magistral à la faculté de santé. L’université assure que les auteurs feront l’objet de poursuites disciplinaires.

Les propos antisémites ont été affichés lors d'un cours magistral de médecine générale à la faculté de santé de l'Université de Paris. (Riccardo Milani/Hans Lucas. AFP)
Publié le 25/11/2025 à 10h31, mis à jour le 25/11/2025 à 13h27

«Libérez Maurice Papon», «Hitler», une croix gammée… Voilà ce qu’a laissé apparaître un nuage de mots, la semaine passée, sur le grand écran déroulé lors d’un cours magistral à la prestigieuse université parisienne de la Sorbonne. La direction de la faculté a réagi en annonçant avoir saisi la justice après des «propos très graves, injurieux et antisémites», a-t-elle annoncé dans un communiqué lundi 24 novembre au soir.

Dans les mots, noms et références citées, Libération a repéré des références précises, qui flèchent très clairement vers l’extrême droite la plus radicale. Certains pourraient paraître «mainstream», comme les évocations d’Adolf Hitler (dont une fois mal orthographié, ce qui pourrait provenir d’une habitude destinée à contourner les algorithmes de modération des réseaux sociaux), voire de Maurice Papon, mort en 2007, condamné pour collaboration avec l’Allemagne nazie qui porte la responsabilité du massacre du 17 octobre 1961 autant que de l’affaire dite de la station de métro Charonne.

Mais ce n’est pas le cas pour la mention du nom de Vincent Reynouard, antisémite négationniste, qui avait fui la justice française au Royaume-Uni avant de finir par être rattrapé et extradé vers la France en février 2024. Idem pour «Libérez Gros Lardon», qui renvoie à Léo Rivière-Prost, militant néonazi moteur de la descente raciste contre le quartier de la Monnaie, à Romans-sur-Isère, fin 2023. Il figurait également parmi les interpellés du groupe de militants d’extrême droite accusés (ils ont été relaxés pour vice de procédure) d’avoir fomenté une expédition violente pour «défendre [le] drapeau [français, NDLR] face aux hordes de marocains» à Paris, en 2022, en marge de la Coupe du monde de football. Des «nazis des temps modernes» avaient estimé les enquêteurs.

L’université, qui réaffirme «son engagement à lutter contre l’antisémitisme, le racisme et toute forme de discrimination», a transmis «l’ensemble des éléments en sa possession» au procureur de la République «dans les plus brefs délais», au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. «L’identification de l’auteur ou des auteurs est en cours et l’université engagera des poursuites disciplinaires dès que les identifications auront été établies», prévient la fac.

Cette saisine intervient après que Sorbonne université a «reçu un signalement pour des propos antisémites affichés sur l’écran de l’amphithéâtre durant un cours magistral» de médecine. «Six enseignantes et une centaine d’étudiantes et d’étudiants ont été exposés, durant ce cours, à des propos explicitement racistes et faisant l’apologie du nazisme, affichés sur l’écran de l’amphithéâtre suite aux réponses formulées sur l’outil Wooclap [un support pédagogique numérique, ndlr] utilisé lors de l’enseignement», poursuit-elle.

Wooclap permet aux professeurs de poser des questions à l’ensemble d’un amphithéâtre ; depuis son appareil personnel, chacun propose alors une réponse qui est ensuite affichée à l’écran du professeur sous la forme d’un nuage de mots - les plus gros étant les plus fréquemment cités par les étudiants.

Le contexte est encore assez flou, mais à la question a priori anodine «Où avez-vous trouvé les réponses ?» posée par une enseignante, certains étudiants ont répondu «stage», «réflexion», «réponse du patient». D’autres ont opté pour des réponses antisémites. Une injonction islamiste («la charia vite») s’est également glissée dans les réponses.

Groupe Whatsapp «Les juifs, pour ou contre»

Le cours a été suspendu et l’amphithéâtre évacué. Le département de médecine générale a mis en place «une cellule psychologique accessible à l’ensemble des étudiantes et des étudiants qui en ressentiraient le besoin», et «le référent laïcité, lutte contre le racisme et l’antisémitisme de l’établissement a également été saisi».

La Sorbonne a fait face à plusieurs actes antisémites perpétrés par des étudiants ces derniers mois. Le 24 août, un sondage «Les juifs, pour ou contre» avait été proposé dans un groupe WhatsApp d’étudiants ; le 15 septembre, des étudiants s’étaient vus exclure de ce même groupe WhatsApp en raison de leur nom à consonance juive. Une procédure disciplinaire a été lancée contre l’un des auteurs identifiés.

Mise à jour à 13 h 27, avec l’ajout des références pointes à l’extrême droite dans le nuage de mots.

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