Pour beaucoup, il est l’étendard des défenseurs d’un peuple. Pour d’autres, il est synonyme «de rassemblements violents». Le maire, ex-LR, de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Gilles Platret, a décidé d’interdire le drapeau palestinien dans l’espace public dans l’ensemble de la commune de Bourgogne, ainsi que sa vente dans les marchés, par un arrêté pris le 2 juin, après les «émeutes», selon ses mots, qui ont suivi la victoire du PSG en Ligue des Champions samedi soir. Le tribunal administratif de Dijon examine ce mercredi 4 juin la légalité de cette décision.
«Le drapeau palestinien est devenu le signe de ralliement de bandes islamistes décidées à défier les institutions républicaines», a déclaré Gilles Platret pour justifier son arrêté. Le maire a immédiatement reçu le soutien du RN et de Reconquête.
En revanche, 200 personnes, selon la police, ont manifesté contre l’interdiction dès lundi soir et Clément Mugnier, responsable du PS chalonnais, a déposé lundi matin un référé-liberté, arguant que l’arrêté constitue «une atteinte aux libertés».
«Discours racistes»
«La liberté d’un drapeau s’inscrit dans la liberté d’expression», a défendu son avocat, Jean-Philippe Morel, devant le tribunal de Dijon, dénonçant «un coup politique» de Gilles Platret destiné à faire «le buzz médiatique».
Habitué des arrêtés polémiques, la plupart du temps retoqués par la justice, Gilles Platret a déjà interdit des menus sans porc en 2015 dans ses cantines scolaires, tenté d’imposer l’usage du français sur les chantiers de la ville, et refusé de célébrer un mariage franco-turc, avant d’y être contraint par la justice.
«Le drapeau palestinien n’est pas l’étendard des casseurs mais celui des défenseurs d’un peuple et de l’humanité», a ajouté Me Christophe Sgro, qui représentait des associations des droits humains se joignant au recours.
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«Cet arrêté stigmatise. […] Hormis cette soirée [du samedi], onze manifestations pro-Palestine ont été organisées à Chalon avec des drapeaux et sans trouble», a souligné l’avocat, accusant un «discours raciste dont le maire nous a déjà fait profiter», une attaque vivement dénoncée par la partie adverse.
Gilles Platret s’est à plusieurs reprises positionné comme défenseur du «peuple français» contre «l’épuration ethnique» que pratiqueraient des «blocs musulmans». «C’est l’étendard de rassemblements violents», a argué Me Julie Callot, qui représente la commune de Chalon, estimant cependant que cet arrêté «interdit l’usage du drapeau à titre ostentatoire» mais qu’«on peut tout à fait manifester sans l’arborer», a-t-elle assuré. Le jugement devrait être rendu dans les 24 ou 48 heures.




