Un homme de 55 ans est jugé à partir de ce lundi 2 février à Lyon pour le meurtre d’un voisin et ami octogénaire de confession juive, qu’il a jeté du 17e étage de son immeuble en 2022. La circonstance aggravante de meurtre commis en raison de la religion de la victime a été retenue par la justice mais l’accusé récuse tout mobile antisémite. La question sera au cœur du procès, qui se tient toute la semaine devant la cour d’assises du Rhône. «Le meurtre en lui-même est reconnu, c’est le caractère antisémite qui est contesté», confirme à l’AFP Me Océane Pilloix, avocate de la défense.
Tribune
Le 17 mai 2022, le corps de René Hadjadj, 89 ans, est retrouvé au pied de l’immeuble où il vit au 2e étage. Rapidement, un de ses voisins, Rachid K., résidant au 17e étage est interpellé. Cet homme qui vit seul après plusieurs séparations, reconnaît avoir jeté depuis son balcon son voisin qu’il fréquentait régulièrement. Il dit avoir d’abord tenté de l’étrangler dans le cadre d’une dispute, selon des éléments de l’enquête. L’accusé, un ancien consommateur de drogues sans emploi, a expliqué aux enquêteurs avoir fait une crise de paranoïa ce jour-là.
«Éléments troublants»
«Il y a deux expertises psychiatriques qui ont conclu à l’altération de son discernement, mais ce n’est pas une abolition du discernement, il est toujours responsable» pénalement, rapporte Me Pilloix. Dix jours après le meurtre, le parquet de Lyon avait élargi l’enquête afin de déterminer si les faits relevaient d’un caractère antisémite «à la suite d’éléments recueillis sur les réseaux», expliquait-il à l’époque. Dans le cadre de l’enquête, l’accusation estime que le mobile religieux «a pu entrer en considération dans le passage à l’acte», et donc que la circonstance aggravante doit être «discutée» devant la cour.
«Il y a des éléments a minima troublants, dont ce monsieur devra s’expliquer, s’il est en mesure de la faire», observe Me Alain Jakubowicz, qui représentera la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). «Le caractère antijuif est totalement avéré, matériellement et moralement», estime de son côté Me Franck Serfati, avocat de deux autres associations qui se sont portées partie civile, le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) et l’Observatoire juif de France (OJF). «C’est un voisin qu’il connaissait de façon proche. Il savait qu’il était juif, il s’en est pris à lui parce qu’il était juif», affirme Me Serfati, pour qui l’affaire présente «beaucoup de points de similitude avec Sarah Halimi». «Il y a un télescopage, évidemment, qui est très troublant avec l’affaire de Mme Halimi», note également Me Jakubowicz, qui attend d’entendre les arguments présentés lors des audiences.
Reportage
La sexagénaire juive avait été tuée en 2017 à Paris par son voisin de 27 ans, de confession musulmane, fort consommateur de cannabis. Aux cris de «Allah Akbar», il l’avait rouée de coups en récitant des versets du Coran, avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM. Sans nier le mobile antisémite, la justice l’avait déclaré irresponsable pénalement, estimant que des bouffées délirantes liées à sa consommation de drogues avaient aboli son discernement. Elle avait ordonné son hospitalisation assortie de mesures de sûreté pour 20 ans. Cette décision avait entraîné des manifestations et une réforme de la loi sur la responsabilité pénale et les stupéfiants.




