Avant l’incendie et les coups de couteau, avant la mort et les cœurs collés sur sa porte en guise d’hommage, au numéro 30 de l’avenue Philippe-Auguste (XIe arrondissement), vivait une vieille dame très coquette. En 2018, à cause de la maladie de Parkinson, elle avait dû renoncer aux sorties du dimanche dans son restaurant préféré, près du bois de Vincennes. Plus de théâtre ni de cinéma. Alors Mireille Knoll, 85 ans, tenait salon dans son modeste trois-pièces de 55 mètres carrés – où elle s’était installée il y a plus de cinquante ans –, commentant l’actualité de sa vie et du reste du monde à un ballet d’aides ménagères et d’infirmières, à ses amis et ses proches.
Ces derniers s’installaient dans le canapé en cuir noir, sous les cadres remplis de photos. Désormais, c’est sur l’écran de la cour d’assises de Paris – où sont jugés Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus, accusés du meurtre «en raison de l’appartenance de la victime à la religion juive» – que défilent les clichés : on voit une jolie petite fille brune aux cheveux mi-longs, une mariée au visage éclairée d’un sourire ou la mère de deux enfants qui se tiennent fièrement à ses côtés.
Les parents de Mireille Knoll – tailleur né en Ukraine et femme au foyer polonaise – avaient choisi la France pour fuir les pogroms. Née en 1932, à Paris, elle a grandi «dans un foyer heureux, rempli d’amour et de bonne cuisine». «Cela a imprégné sa vision du monde, elle voyait la vie en rose, tout le mond




