Un policier de 34 ans soupçonné de violences volontaires aggravées a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris, a-t-on appris ce vendredi 9 janvier de sources proches du dossier, confirmant une information de Streetpress et Mediapart. Il est accusé d’avoir volontairement percuté en avril 2023 avec sa voiture de service trois mineurs à scooter dans la capitale.
«La déviation de la trajectoire du véhicule résulte nécessairement d’un geste volontaire dont il ne pouvait ignorer la dangerosité», a justifié la juge d’instruction dans son ordonnance. Pour la magistrate, il existe des «charges suffisantes» contre ce policier «d’avoir commis ces faits de violences volontaires aggravées du fait de sa qualité et avec arme par destination», soit le véhicule.
Peu avant minuit le 13 avril 2023, dans le XXe arrondissement de Paris, un scooter transportant trois adolescents, dont l’un sans casque, avait été poursuivi par une voiture de police avant de chuter. Selon une femme de 37 ans se présentant comme témoin des faits, le véhicule de police était venu percuter le deux-roues. «J’ai d’abord vu les policiers ouvrir leur portière pour tenter de toucher le scooter, sans succès. Puis il y a eu un coup de volant clair qui a percuté le scooter. [Les] jeunes ont été projetés», avait-elle relaté peu après les faits lors d’une conférence de presse avec l’avocat des familles des mineurs Arié Alimi.
Désavoués par Gérald Darmanin
La conductrice du scooter, une jeune fille de 17 ans, a été hospitalisée pour des côtes cassées, une fracture de la colonne vertébrale et une hémorragie interne. Son frère de 13 ans a été touché au foie, et le troisième passager, âgé de 14 ans, a été blessé au genou. Trois policiers avaient été placés en garde à vue. L’un d’entre eux avait finalement été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour violences avec arme ayant entraîné une incapacité de travail, ainsi que pour faux en écriture publique, le tout par personne dépositaire de l’autorité publique.
Les policiers, qui reconnaissent «des gestes qui ne sont pas appropriés», ont modifié leur version, avait déclaré à l’époque Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, aujourd’hui ministre de la Justice. «Les témoignages ici et là» semblent indiquer «une intervention qui n’est pas conforme à ce que le droit et la déontologie permettent», avait-il dénoncé.
«Pour que l’institution policière redevienne républicaine»
L’avocat du policier n’a pu être joint dans l’immédiat vendredi. Arié Alimi a de son côté commenté : «Une nouvelle poursuite de policier parmi tant d’autres. Cette fois ce sont des enfants qui ont failli mourir. […] Nous mettrons tout en œuvre pour que l’institution policière redevienne républicaine.»
Le fonctionnaire de police aurait pu être jugé par une cour criminelle. Mais «comme le demandait le parquet, la juge d’instruction a en effet décidé de correctionnaliser l’affaire, c’est-à-dire de sous-qualifier juridiquement l’infraction de faux en omettant sa qualité de policier, afin qu’elle soit jugée plus vite», explique Mediapart. Une pratique critiquée par les avocats des parties civiles.




