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«Moins de 3 m2 de surface individuelle» : en Guadeloupe, une surpopulation «dramatique» à la prison de Baie-Mahault

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) alerte dans un rapport, rendu public ce mardi 20 janvier, sur la suroccupation de l’établissement antillais, relevant notamment que plus de 160 détenus y dorment sur des matelas au sol.

La prison de Baie-Mahault, en 2016. (Helene Valenzuela/AFP)
Publié le 20/01/2026 à 11h18

Des matelas au sol, mais aussi parfois «installés sur la table et le réfrigérateur» faute d’espace. La surpopulation au centre pénitentiaire de Baie-Mahault, en Guadeloupe, est «dramatiquement élevée», alerte ce mardi 20 janvier le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), relevant notamment que plus de 160 détenus n’y dorment pas dans un vrai lit. Une suroccupation qui «entraîne des atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes détenues», note le CGLPL dans ces «recommandations en urgence» publiées au Journal officiel.

Lors d’une visite à l’automne 2025, les contrôleurs ont constaté un taux d’occupation de 251 % à la maison d’arrêt pour hommes, avec 435 détenus pour 173 places. Quelque 167 prisonniers dormaient «sur un matelas posé au sol ou sur du mobilier précaire», selon le rapport. Dans la quasi-totalité des cellules, les détenus disposent de «moins de 3 m2 de surface individuelle», seuil en dessous duquel la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme présume une violation des droits fondamentaux. «Parfois, il ne reste aucun espace pour se mouvoir et il arrive même que l’espace au sol soit insuffisant pour accueillir un matelas», écrit le CGLPL, qui accompagne son rapport de photos montrant notamment un détenu dormant sur un matelas à cheval entre une table et un réfrigérateur.

L’été dernier, Libération avait interviewé Valérie Mousseeff, la directrice de la prison de Baie-Mahault, en tant que secrétaire nationale FO-Direction, syndicat majoritaire des directeurs des services pénitentiaires. Elle déplorait déjà une «surpopulation, nœud gordien de la prison. Elle fait dysfonctionner toutes nos procédures. Les conséquences de ne pouvoir affecter des personnes seules en cellule sont nombreuses.» La directrice évoquait notamment «une incidence directe sur les violences. […] Certains profils doivent être placés seuls car ils sont dangereux. Mais nous n’avons plus aucune cellule individuelle.»

Lourdes «carences» dans la prise en charge des mineurs

Le rapport du CGLPL fait ainsi état de violences répétées. De janvier à septembre 2025, 154 faits de violences ont été recensés en maison d’arrêt, dont 10 avec arme. Un détenu s’est fait fracturer la mâchoire, un autre a été retrouvé «le visage ensanglanté» pendant la visite. Les conditions sanitaires sont également préoccupantes avec des locaux vétustes, des moisissures et une absence d’intimité dans les espaces sanitaires, relève le rapport. Le service de buanderie est défaillant, obligeant les détenus à laver leurs draps dans les lavabos à l’eau froide.

Le CGLPL s’alarme particulièrement des conditions de détention des mineurs, «inadaptées», et de lourdes «carences» dans leur prise en charge, notant que ces adolescents subissent des fouilles intégrales systématiques, ne reçoivent que quatre heures de cours par semaine au lieu des douze prévues, et disposent d’une cour «indigne», sans abri ni point d’eau.

Le CGLPL exige des «mesures urgentes» pour réduire la surpopulation, notant également que la construction en cours de 300 places supplémentaires au centre pénitentiaire de Baie-Mahault ne prévoit, par exemple, aucune salle d’activité. La surpopulation carcérale est régulièrement dénoncée en Guadeloupe. Elle frappe aussi la prison de Basse-Terre, dont les détenus ont intégré en novembre la nouvelle maison d’arrêt qui était en chantier depuis plusieurs années.

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