Avertissement : cet article relate la description de viols, violences sexuelles, actes de torture et peut choquer.
Sept ans de viols, de tortures, d’humiliations. Guillaume B., 51 ans, sera jugé en 2026 par la cour d’assises d’Aix-en-Provence pour proxénétisme, viols aggravés et actes de torture et de barbarie, à la suite des accusations de son ancienne compagne, Laetitia R., dont le témoignage a été révélé par France Info et le magazine Vanity Fair ce jeudi 15 janvier. D’après son récit fait de leur vie commune à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), le mis en cause a exercé sur elle un contrôle complet, faisant d’elle son esclave ; il l’a également fait violer par des dizaines d’hommes. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Lorsqu’ils font connaissance sur un site de rencontre en 2015, Laetitia, préparatrice en pharmacie et mère de trois enfants, n’a aucune raison de se méfier face à celui qui ressemble à «monsieur tout le monde», directeur d’agence bancaire, père divorcé, qui se montre doux et rassurant. Mais leur relation dérive au fur et à mesure : sous couvert de jeux sexuels sadomasochistes, Guillaume B. instaure rapidement un contrôle coercitif de plus en plus pervers, raconte-t-elle. Laetitia explique s’être d’abord pliée à toutes ses demandes sexuelles, jusqu’à ne plus pouvoir faire machine arrière. Lorsqu’elle ose lui demander ce qu’il fera si elle refuse une de ses exigences, la réponse du directeur d’agence bancaire est sans équivoque : «Je te tue.»
«Il n’y a jamais eu de consentement de ma part»
Chasseur, le quinquagénaire possède à son domicile plusieurs armes non déclarées, et veille à ne jamais trop s’éloigner de sa carabine, avec laquelle il menace sa compagne au moindre écart. Cette dernière raconte avoir enduré des tortures quotidiennes : «Des coups de poing, des entailles dans le dos au cutter ou avec un couteau. Il me frappait aussi avec une planche à découper en bois. Il me brûlait aussi avec sa cigarette», énumère-t-elle. Auxquelles s’ajoutent des violences psychologiques : «Il me menaçait de me faire perdre la garde de mes enfants, d’envoyer à mes parents des images intimes et dégradantes de moi», témoigne Laetitia.
Selon la quadragénaire, Guillaume B. contrôle chaque aspect de sa vie. «Il décidait de mon heure de lever, de mon heure de coucher Je n’avais pas le droit de porter de sous-vêtements. Ni culotte, ni soutien-gorge. C’est lui qui décidait si je pouvais aller ou non chercher mes enfants à l’école, affirme-t-elle. Même pour aller aux toilettes, je devais avoir son accord et il s’amusait parfois à me laisser me faire dessus quand je ne pouvais plus tenir.»
Pendant les sept années que dure le calvaire raconté par Laetitia R., son bourreau veille à l’isoler pour qu’elle ne puisse alerter qui ce soit sur l’enfer qu’il lui fait subir. Il la coupe de ses amis, l’éloigne de sa famille, ne la laisse pas seule chez le médecin. Il fait attention à ce que les traces des sévices ne soient pas trop flagrantes : il épargne ses jambes et ses bras en été, ne touche pas à son visage, souligne la victime.
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Rapidement, Guillaume B. prostitue Laetitia R., voire la livre gratuitement à des inconnus trouvés sur des sites de libertinage. A son domicile, dans sa voiture, sur le parking de la gare d’Aix-en-Provence, la quadragénaire affirme avoir été violée même durant la période où elle est enceinte de leur fille. «Il n’y a jamais eu de consentement de ma part. La question du consentement ne se posait même pas car je n’avais pas le droit de penser ni de dire ce que je ressentais», déclare-t-elle.
«N’oublie pas que tu n’es rien»
Guillaume B. tire son plaisir de l’humiliation de la mère de son enfant. Il exige qu’elle l’appelle «maître», la force à se faire tatouer une insulte sexuelle dégradante en bas du ventre. «Je savais que si je ne cédais pas à ce fantasme-là, j’allais ensuite le payer très cher et j’étais prête à tout pour éviter des violences et des violences sexuelles supplémentaires», explique Laëtitia.
«Dans tout ce qu’il faisait, son but était de me rabaisser. Il me répétait : “N’oublie pas que tu n’es rien, que tu n’es qu’une merde.” Pendant des mois et des mois, il m’a fait boire mon urine chaque matin et, parfois, pas seulement le matin. C’était un moyen de me remettre à ma place», affirme la quadragénaire. Elle est également privée de sommeil, avec le droit à une nuit complète «une fois tous les dix jours». Pour se protéger de ces horreurs, Laetitia R. dissocie. Encore aujourd’hui, elle dit souffrir d’amnésies traumatiques : des années 2018 et 2019, elle ne se souvient de rien, notamment des mois qui ont suivi la naissance de leur fille.
Les pratiques sexuelles extrêmes auxquelles Guillaume B. la contraint, parmi lesquelles zoophilie et scatophilie, lui ont laissé de lourdes séquelles, qui l’empêchent de travailler. «Aujourd’hui je suis incontinente, handicapée. J’ai un appareil. Sans cet appareil, je devrais porter des couches», précise la quadragénaire.
Une angoisse permanente qui n’a jamais disparu
Son calvaire prend fin en avril 2022. Une nuit, elle se réveille avec les mains de Guillaume B. autour de son cou, et est persuadée qu’elle va mourir. Une scène qu’elle raconte - bravant pour la première fois l’interdiction de son tortionnaire - à une ancienne amie, qui vient de reprendre contact avec elle sur Facebook. Celle-ci se rend alors au commissariat.
Moins de vingt-quatre heures plus tard, les policiers interpellent Guillaume B. En détention depuis lors, il ne cesse de nier les actes de torture et les viols infligés à Laetitia, affirmant qu’elle y était consentante. Les experts psychiatres et psychologues le décrivent comme «pervers», «sadique», «très dangereux».
Bien que soulagée par son interpellation, Laetitia assure toujours vivre dans une angoisse permanente. Impossible pour elle de trouver le sommeil entre 22 heures et 4 heures du matin, heures où les violences se produisaient. «J’appelais régulièrement mon avocat pour vérifier qu’il était bien toujours derrière les barreaux, pour me rassurer. Et aujourd’hui, cela reste notre angoisse à tous, à la maison. Je ne dors pas dans ma chambre, mais dans le salon, pour garder un œil sur la porte d’entrée», témoigne-t-elle.
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Les quatre enfants de Laetitia R. se sont portés partie civile au procès. Ils dénoncent des violences psychologiques, et la plus jeune accuse également Guillaume B. de violences physiques. Le dossier fait état de nombreuses preuves matérielles : le mis en cause a filmé et enregistré certains viols, et les échanges de SMS avec Laetitia, où le quinquagénaire donne des ordres et sa compagne le supplie de mettre fin à son calvaire, permettent aux jurés de comprendre les mécanismes de l’enfer quotidien dans lequel a vécu la plaignante.
«La première impression, quand on entre dans ce dossier, c’est une sorte de vertige», souligne Philippe-Henry Honegger, l’avocat pénaliste parisien qui représente Laëtitia R. «Ce qu’on y découvre est abominable. Personne ne peut concevoir qu’on ait pu, dans un esprit aussi tordu soit-il, songer à imposer de telles choses à une personne humaine. On a en plus l’aspect Docteur Jekyll et Mister Hyde, avec le notable bien sous tous rapports qui, une fois la porte du domicile fermée, se transforme en monstre sans limite», observe-t-il.
Aucun des autres hommes qui auraient participé aux viols de Laetitia R. ne font l’objet d’une procédure, a déclaré à Libération maître Honegger. «Il n’a jamais été rapporté dans la procédure que ces hommes étaient au courant de la situation, et la plupart ne sont pas identifiables», a-t-il précisé.
La date du procès n’est pas encore fixée, et à l’heure actuelle, Guillaume B est présumé innocent. Laetitia ne demandera pas le huis clos. «Le procès des viols de Mazan et ce qu’en a fait Gisèle Pelicot ont achevé de me convaincre», explique celle qui souhaite «reprendre le contrôle» : «Si cela peut aider ne serait-ce qu’une femme victime à se dire qu’il faut sortir du silence, ce sera énorme comme satisfaction, et comme espoir.»




