Six hommes, âgés de 20 à 26 ans, soupçonnés d’avoir frappé à mort le militant identitaire Quentin Deranque, il y a une semaine à Lyon, ont été mis en examen jeudi soir pour «homicide volontaire» et un dernier pour «complicité». Sur les sept personnes mises en examen, six ont été placées en détention provisoire.
Selon une source proche du dossier, «certains sont fichés S», c’est-à-dire qu’ils ont été recensés par le renseignement intérieur comme étant potentiellement dangereux pour la sécurité nationale. «La plupart sont connus pour être soit membres, soit proches de la Jeune Garde antifasciste», un mouvement de gauche radicale créé en 2018 à Lyon par le député LFI Raphaël Arnault et dissout en juin par le gouvernement. Trois de ses actuels ou ex-assistants parlementaires font partie des mis en examen. «Libé» fait le point.
Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, mis en examen pour «complicité par instigation d’homicide volontaire» et écroué
Ce collaborateur du député LFI a été mis en examen pour «complicité par instigation d’homicide volontaire», ce qui veut dire qu’il est soupçonné d’avoir incité les autres à commettre des violences, et placé en détention provisoire. Il encourt la même peine - 30 ans de prison - que les mis en examen pour «homicide volontaire».
Agé de 25 ans, cet ancien étudiant en sciences politiques travaillait depuis 2024 avec Raphaël Arnault, qui a engagé lundi une procédure pour «mettre fin» à son contrat. Une source policière évoque auprès de l’AFP un jeune homme «violent, connu de nos services et fiché S pour son appartenance à l’ultra gauche radicalisée».
Lors de ses études à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne, il militait au syndicat OSE-CGT. Grégoire Granger, qui militait alors au sein du syndicat de droite UNI et est aujourd’hui membre du Rassemblement national, a le souvenir de leurs «altercations verbales musclées, avec insultes et intimidations». Mais Jacques-Elie Favrot «ne se mouillait pas directement dans les violences physiques […] il préférait rester dans l’ombre et organiser les choses», dit-il.
Lors de sa garde à vue, le jeune homme «a reconnu […] la commission de violences et sa présence sur les lieux» mais «a indiqué qu’il n’était pas l’auteur des coups qui ont provoqué le décès de M. Deranque», a indiqué son avocat Bertrand Sayn.
Adrian B., ex-collaborateur de Raphaël Arnault, mis en examen pour «homicide volontaire», et écroué
Adrian B., 25 ans, a été mis en examen pour homicide volontaire et écroué. Diplômé d’études supérieures «en lien avec la politique», il travaillait dans l’équipe du député Raphaël Arnault jusqu’à quelques jours avant les faits, selon son avocat Benoit Courtin.
Ancien stagiaire du député au cours des premiers mois de l’année 2025, le jeune homme a ensuite été embauché en CDD par le député LFI, selon le quotidien Le Parisien. Ce contrat s’est achevé le 30 janvier 2026, quelques jours avant l’agression mortelle de Quentin Deranque, le jeudi 12 février.
Robin C., collaborateur de Raphaël Arnault, mis en examen pour «recel de malfaiteur», remis en liberté
Adrien B. a été arrêté en Haute-Loire avec Robin C., lui aussi collaborateur parlementaire de Raphaël Arnault, soupçonné de l’avoir aidé à se soustraire à la justice. Il a été remis en liberté jeudi et sera convoqué ultérieurement au tribunal pour répondre de «recel de malfaiteur».
Il y a quelques années, ce dernier avait lancé un réseau lycéen en Haute-Loire, et disait en 2019 au quotidien le Progrès vouloir s’engager dans l’associatif pour «aider les gens à devenir des citoyens responsables» et «pour changer le système».
Alexis C., déjà sous contrôle judiciaire, mis en examen pour «homicide volontaire», et écroué
Alexis C. «fait actuellement l’objet d’un contrôle judiciaire par une juge d’instruction à Paris pour des faits de violences aggravées en raison de la race, l’ethnie ou la religion», a détaillé jeudi le procureur de Lyon. Il est accusé avec d’autres d’avoir, en mai 2024, pris à partie, forcé à scander «vive la Palestine» et filmé dans le métro parisien un adolescent de 15 ans soupçonné d’appartenir à la Ligue de défense juive.
Dans ce dossier, le parquet de Paris, interrogé par l’AFP, a indiqué avoir requis fin décembre le renvoi de neuf personnes devant le tribunal correctionnel, dont Alexis C. Ils attendent désormais de savoir si le juge d’instruction les renverra devant le tribunal. Selon les éléments communiqués par le parquet, la victime, qui a eu 12 jours d’interruption de travail, avait expliqué avoir été agressée dans le métro par un groupe de cinq à six personnes qui l’avaient désignée puis suivie dans une rame de métro. L’adolescent avait expliqué avoir reçu «plusieurs gifles» et avoir «été désigné comme “sioniste” avant d’être contraint de crier “Vive la Palestine”», pendant qu’une jeune femme du groupe filmait, et avoir «encore reçu quelques coups» avant de pouvoir fuir.
Les policiers avaient trouvé sur un compte Instagram identifié comme appartenant au groupe antifasciste aujourd’hui dissous La Jeune Garde une vidéo «sur laquelle certaines personnes du groupe étaient visibles. On pouvait y entendre des pleurs ainsi qu’une voix masculine dire à plusieurs reprises “Vive Palestine”», a précisé le parquet.
Trois étudiants ou employés, mis en examen pour «homicide volontaire» et écroués
Le plus jeune Paul L. est un étudiant de 20 ans. Mis en examen pour «homicide volontaire», il n’avait jamais eu d’ennuis avec la justice, selon son avocate. En revanche, d’autres ont déjà un casier, selon le procureur de Lyon Thierry Dran : l’un pour violences et usage de stupéfiants, l’autre pour vol et port d’armes. L’un d’eux travaille pour un équipementier automobile, un autre est sans emploi.




