L’enquête se poursuit, quelques jours après la mort d’El Hacen Diarra alors qu’il était en garde à vue dans un commissariat du XXe arrondissement de Paris. Le parquet de la ville a annoncé lundi 19 janvier l’ouverture d’une information judiciaire pour «violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique» ayant entraîné la mort.
Le ministère public souligne notamment les «conditions suspectes ou inexpliquées» dans lesquels ce ressortissant mauritanien, hébergé dans un foyer de la rue Fernand-Léger, a succombé à ses blessures lors de sa garde à vue. Il avait été précédemment l’objet d’une interpellation dont des images, tournées par un passant et qui ont circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux, ont souligné la brutalité, incitant sa famille à porter plainte samedi pour «violences volontaires ayant entraîné la mort».
«L’exploitation de cette vidéo montre notamment deux coups portés au défunt alors qu’il était au sol», confirme le parquet, qui fait appel à toute personne ayant été témoin des faits ou disposant d’éléments «permettant d’objectiver le déroulé des faits» à se signaler auprès des enquêteurs. Comme un écho à la remarque du grand frère de Gaye Camara, tué par la police d’Epinay-sur-Seine en 2018, lors de l’hommage à El Hacen Diarra : «Quand un frère subit une violence policière, prenons nos téléphones, c’est le seul moyen de les protéger.»
Le parquet pointé du doigt pour avoir tardé à ouvrir l’enquête
«La saisine tardive d’un juge d’instruction […] ne saurait masquer l’inaction coupable du parquet», s’est indigné l’avocat de la famille, Yassine Bouzrou, qui regrette le délai de «cinq jours pendant lesquels la vérité a été étouffée, les preuves laissées à l’abandon, et la famille tenue à l’écart».
Reportage
Le parquet a fait valoir de son côté s’être rendu sur place «dès qu’il avait été avisé» du décès, «accompagné du commissaire de permanence de l’IGPN». Puis, «en l’absence initiale de tout élément connu sur les causes du décès, une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte, cadre juridique permettant le recueil des auditions et la possibilité d’ordonner une autopsie, ce qui a été fait immédiatement», a-t-il souligné.
Dans un premier temps, le parquet avait limité sa communication au récit fait par «les policiers interpellateurs», avant la saisine de l’inspection générale de la police nationale, qui ont rapporté avoir vu El Hacen Diarra «rouler un joint de cannabis». Rapportant un refus d’obtempérer, ils l’avaient ensuite interpellé, avant d’expliquer que le trentenaire avait chuté au sol, entraînant deux agents avec lui. Un récit qui n’a pu être corroboré, ni par la vidéosurveillance, absente à cet endroit, ni par les caméras piétons des policiers, qui ont argué de batteries vides, explique le parquet. Jusqu’à maintenant, l’enquête était ouverte pour recherche des causes de la mort et confiée à l’IGPN, la police des polices.
El Hacen Diarra est mort d’un arrêt cardio-circulatoire
Dans son communiqué, le parquet poursuit en s’attardant sur l’exploitation des vidéosurveillances des locaux où El Hacen Diarra était gardé à vue, dans les moments précédant sa mort. Il y est décrit par les enquêteurs comme «très fatigué», avant de «s’effondrer». Un policier s’approche alors de lui pour «prendre son pouls, avant de le démenotter et de l’allonger», continue le ministère public.
Selon le rapport d’autopsie, El Hacen Diarra est mort d’un arrêt cardio-circulatoire et ne présente «aucun signe de lutte, de lésion de défense, de prise et de maintien». Le légiste a toutefois fait le constat d’une «plaie profonde» au niveau de la tempe côté droit, d’une quantité «importante» de vomissements et d’une fracture au niveau du cartilage de la thyroïde. Sans parvenir à déterminer avec «certitude» la cause du décès. Des «analyses toxicologiques et anatomopathologiques» doivent être menées, précise le parquet, qui annonce qu’un «réexamen du scanner par des radiologues a été ordonné, de même que les examens complémentaires dont les conclusions ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines».




