Un rassemblement à l’appel du comité «Justice et Vérité pour El Hacen Diarra» doit avoir lieu samedi 21 février à 14 heures au métro Barbès, à Paris. Les manifestants appellent à se diriger en direction du ministère de l’Intérieur. L’homme, un Mauritanien de 35 ans, est mort dans la nuit du 15 au 16 janvier au commissariat du XXe arrondissement. Il avait été interpellé quelques minutes plus tôt au pied de son foyer de travailleurs.
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La famille d’El Hacen Diarra dénonce depuis plus d’un mois des violences policières lors de son arrestation. Une vidéo a depuis été diffusée sur les réseaux sociaux. Elle montre deux policiers dont l’un, à genoux, donne deux coups de poing en direction de l’homme, qui est plaqué au sol. On l’entend crier : «Vous m’étranglez !», selon l’analyse du son réalisée par la famille du défunt.
Le parquet de Paris a annoncé le 19 janvier l’ouverture d’une information judiciaire pour «violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l’autorité publique», deux jours après une demande de l’avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou.
Pas de «certitude» sur la cause du décès
Un rapport d’autopsie a conclu qu’El Hacen Diarra est mort d’un arrêt cardio-circulatoire et ne présente «aucun signe de lutte, de lésion de défense, de prise et de maintien». Le médecin légiste a toutefois fait le constat d’une «plaie profonde» au niveau de la tempe côté droit, d’une quantité «importante» de vomissements et d’une fracture au niveau du cartilage de la thyroïde, sans parvenir à déterminer avec «certitude» la cause du décès. Cette fracture peut être causée par les légistes eux-mêmes lors des autopsies, précise une magistrate jointe par Libération.
La famille d’EL Hacen Diarra dénonce «l’opacité persistante de la procureure» de Paris, Laure Beccuau, ainsi que de la juge d’instruction chargée de l’enquête, qui refusent de «communiquer les vidéos et les conclusions de l’autopsie».
Le parquet a annoncé qu’un «réexamen du scanner par des radiologues a été ordonné». Ce dernier a été réalisé avant la première autopsie. Son analyse devrait notamment permettre de déterminer si la fracture du cartilage de la thyroïde est préexistante aux manipulations du légiste. Des «examens complémentaires dont les conclusions ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines», avait prévenu le parquet. Contacté ce vendredi 20 février, le ministère public indique que les résultats ne sont pas encore disponibles.
«Destruction de preuves»
L’avocat de la famille d’El Hacen Diarra a annoncé lundi 26 janvier le dépôt d’une nouvelle plainte, pour «destruction de preuves». Il y dénonce l’absence d’images provenant des caméras-piéton des policiers qui sont intervenus sur l’interpellation. Le parquet avait indiqué que ces caméras «n’étaient pas fonctionnelles, du fait selon eux de la décharge de leur batterie», ce qu’avait relevé un officier de police judiciaire du commissariat du centre.
Selon Me Bouzrou, cette explication est «techniquement impossible et suspecte». Il indique que les batteries de ces caméras piéton sont «censées fonctionner 12 heures», et qu’en plus de la vidéo tournée par le voisin, «des témoignages» confirment «les violences policières».
«Il est permis de penser que les images des caméras piétons ont pu être détruites ou dissimulées aux enquêteurs afin d’éviter qu’elles constituent des éléments démontrant les violences commises lors de l’interpellation d’El Hacen Diarra ou durant son transport au commissariat», dit l’avocat dans sa plainte.
«Face à ces obstructions, la famille demande le dépaysement immédiat de l’enquête pour garantir son impartialité», avait affirmé l’avocat le 26 janvier. «La famille refuse que la vérité soit étouffée. La justice doit enfin agir avec transparence», soulignait-il alors.
Le parquet de Paris indique ce vendredi ne pas avoir connaissance de la demande de dépaysement. Selon nos informations, Me Yassine Bouzrou a adressé une demande de constitution de partie civile au parquet le 29 janvier. Contacté, l’avocat n’a pas donné suite.




