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Justice

Motard percuté sur l’A4 près de Paris : 18 mois de prison requis contre deux policiers

Fustigeant ce lundi 1er décembre une affaire qui «porte atteinte à la confiance que les citoyens ont en la police», le procureur a également demandé une interdiction d’exercer une fonction publique pendant un an, avec exécution provisoire.

La capture d'écran de l'accrochage.
Publié le 01/12/2025 à 20h56

La thèse de la faute de conduite n’aura pas convaincu le procureur. Lundi 1er décembre, une peine de 18 mois de prison avec sursis a été requise à l’encontre des deux policiers jugés devant le tribunal correctionnel de Créteil pour avoir percuté un motard avec leur voiture sur l’A4 en région parisienne.

«Ces faits, je les analyse comme étant des violences», a justifié le procureur, estimant par ailleurs que le récit proposé par les deux prévenus, jugés pour violence aggravée - le motard avait porté plainte pour tentative d’homicide - manquait de «crédibilité». Le magistrat a également requis l’interdiction de porter une arme pendant deux ans et d’exercer toute fonction publique pendant un an, avec exécution provisoire.

«Une course-poursuite, une chasse à l’homme»

Les faits remontent au 14 octobre et se sont produits dans le Val-de-Marne, peu après l’entrée de l’autoroute A4, au sud-est de Paris. Les images de la scène, filmées par des caméras embarquées d’un véhicule en retrait, sont rapidement devenues virales.

La voiture de police est filmée en train de se déporter vers le motard, toucher la moto dont le conducteur perd brièvement le contrôle, tandis que le passager du véhicule tend son bras vers le motard. Le véhicule s’éloigne ensuite et la moto parvient à retrouver son équilibre. «J’étais sous le choc, des symptômes arrivent, envie de vomir, montée d’adrénaline, tremblement au niveau des bras, des jambes, je ne comprenais pas ce qui venait de se produire», a témoigné le plaignant, dans des PV qu’a pu consulter le Monde.

«Il y a eu à un moment quelque chose qui pourrait s’apparenter à un accrochage, et puis en fait une course poursuite, une chasse à l’homme, et enfin un geste qui aurait pu lui coûter la vie», a plaidé lundi Me Arié Alimi, conseil du motard. Une analyse que partage le parquet, pour qui cette affaire «porte atteinte gravement à la confiance que les citoyens ont en la police».

«Un geste réflexe»

Présentant sa version des faits, le major Eric B., 53 ans, qui tenait le volant, a seulement reconnu «une faute de conduite» et un défaut de vigilance. «Tout à fait conscient» que le geste aurait pu tuer le motard, il a assuré : «C’est un acte involontaire.» Et de revenir sur la scène : «Je sais que la moto est là, j’estime mal sa vitesse et je pense pouvoir passer devant la moto […] mais la moto va bien plus vite que ce que je pense.»

Son coéquipier Nils P. 26 ans, qui était sur le siège passager, ne s’explique pas davantage son bras tendu par la fenêtre en direction du motard. A la barre, il évoque «un geste réflexe», un «automatisme» qu’il «du mal à expliquer». Devant les enquêteurs, il avait dit avoir été été malade le jour de la collision, raison pour laquelle il avait cédé sa place à son supérieur qui avait alors pris le volant et enclenché les gyrophares pour rentrer au plus vite.

De nouvelles images tirées de la vidéosurveillance ont été diffusées dimanche soir par le Monde, renseignant sur les circonstances de l’accrochage. Ces images, qui ont été tournées peu de temps avant la collision, montrent le motard remonter des voies embouteillées en interfile et entreprendre un dépassement par la droite du véhicule policier, le forçant à freiner brusquement. A l’enquêteur suggérant que la manœuvre aurait pu être une façon pour eux de confronter le motard après cette situation, les deux agents ont réfuté l’idée, rapporte le Monde.

Les deux policiers encourent jusqu’à sept ans de prison. Décision attendue le 18 décembre.

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