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Drogues

Narcotrafic : 207 kilos de meth fabriqués au Mexique saisis en Meurthe-et-Moselle

L’interception de la drogue par les enquêteurs a eu lieu le 8 janvier à Pont-à-Mousson. Trois personnes ont été mises en examen, selon le parquet de Paris.

A l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, en 2018. Les 207kg de méthamphétamine ont été saisis après le contrôle de trois lourdes palettes en provenance de l’aéroport de Mexico. (Cyril Zannettacci/Libération)
Publié le 14/01/2026 à 18h34

La saisie est suffisamment «rare» pour être soulignée par le parquet de Paris. Aussi bien pour la nature du produit stupéfiant que pour son importante quantité interceptée par les services de police. Confirmant une information du Parisien, le parquet a annoncé ce mercredi 14 janvier avoir opéré le 8 janvier une saisie conséquente de 207 kg de cristaux de méthamphétamine venus tout droit du Mexique.

Tout commence le lendemain de Noël. Parmi les milliers de colis acheminés par fret aérien à l’aéroport de Charles-de-Gaulle, une cargaison attire l’attention des douaniers : trois lourdes palettes en provenance de l’aéroport de Mexico, expédiées par un constructeur automobile local.

Les cartons sont passés au peigne fin par les douaniers qui les inspectent grâce à un scanner, mais rien de suspect n’apparaît à l’image. C’est une fouille physique des cartons, réalisée par un agent minutieux, qui permet de mettre au jour la marchandise, cachée dans des pièces de métal. La cargaison illégale découverte est de la méthamphétamine, une drogue de synthèse hautement addictive, généralement consommée à l’aide d’une pipe.

De Roissy à Pont-à-Mousson

Contactés en urgence par les douanes, les agents de l’Office antistupéfiants (Ofast) se mettent sur le coup. Ils décident de pister les trois palettes, destinées à être livrée à une entreprise située à Reims, dans la Marne. Un premier envoi est annulé par le transporteur, la faute à la météo capricieuse qui touche Paris et l’est du pays. Puis les trois palettes quittent finalement Roissy à bord d’un camion, direction un entrepôt basé à Pont-à-Mousson, petite ville jouxtant la Moselle.

Les policiers appartenant au groupe d’appui et d’observation de l’Ofast se déploient alors aux abords du lieu et repèrent un homme qui entreprend de décharger la cargaison avec l’aide de deux comparses, des cousins selon le Parisien, venus au point de rendez-vous au volant d’un pick-up. Les agents n’attendront pas que ces derniers chargent leur remorque. Ils interpellent les trois hommes sur place. Quant au dirigeant de l’entreprise qui avait commandé la cargaison, il est finalement cueilli à son domicile de Nancy.

Après une garde à vue de quatre-vingt-seize heures, les deux hommes venus en pick-up à Pont-à-Mousson ont été mis en examen lundi 12 janvier à Paris. L‘homme interpellé chez lui à Nancy a également été mis en examen, mais laissé libre, sous contrôle judiciaire, décision dont le parquet a fait appel. D’après le Parisien, il serait considéré par les enquêteurs comme un «gérant de paille» de l’entreprise destinataire des palettes mexicaines. Deux des avocats des mis en examen, Robin Binsard et Sophie Guinamant, n’ont pas souhaité s’exprimer. Le quatrième homme, celui qui a acheminé la marchandise de Roissy jusqu’au lieu du deal, a été laissé libre.

Une valeur supérieure à 20 millions d’euros

Les investigations sur ce dossier sont toujours en cours, fait savoir le parquet de Paris. Elles sont désormais «sous la direction des juges d’instruction de la Jirs de Paris», précise-t-il auprès de Libé. Car cette grosse prise interroge. Les enquêteurs espèrent découvrir si la cargaison, d’une valeur supérieure à 20 millions d’euros, était destinée au marché français ou bien à un pays voisin. Le parquet de Paris souligne auprès de Libération que «la saisie d’un tel produit sous forme de crystal meth sur le territoire est rare et la consommation en est particulièrement dangereuse.»

Côté chiffres, les services antistupéfiants ne disposent pas de données spécifiques autour de la crystal meth, et compilent plutôt à la fois les saisies d’amphétamines et de methamphétamines réalisées au cours de l’année. Ainsi, en 2024, les chiffres de l’Ofast font état de 618 kg d’amphètes et de crystal interceptés. En 2023, ce chiffre s’élevait à 265 kg. Selon l’Ofast cité par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives dans son rapport publié cette année-là, la moitié de ces quantités saisies était destinée au marché international, «confirmant ainsi le rôle de la France comme pays de transit pour les drogues de synthèse».

En Europe, chaque année, plusieurs centaines de laboratoires de production d’amphétamine et de methamphétamine sont démantelées.

Le 24 mai 2025, les services de police antistupéfiants français ont ainsi mis hors d’état de nuire un réseau international de fabrication de methamphétamine basé dans le Var. Les agents avaient alors saisi 215 kg de meth. Une prise «correspondant, à elle seule, aux saisies annuelles réalisées en France ces dernières années», avait souligné à l’époque le procureur de Marseille, Nicolas Bessone.

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