Même s’ils ne recouvrent pas la totalité du phénomène, les chiffres mis en avant sont positifs. Les services de l’Etat ont dressé mardi 3 février le bilan de la délinquance pour l’année 2025 dans les Bouches-du-Rhône, principalement axé sur les chiffres du narcotrafic à Marseille.
Au premier rang d’entre eux, le nombre de narchomicides a baissé pour la deuxième année consécutive, avec 20 morts liés au trafic de drogue à l’échelle du département en 2025 – dont 17 à Marseille, a chiffré le procureur de Marseille, Nicolas Bessone. En 2024, les violences liées à la guerre des gangs pour le contrôle des points de deal avaient fait 24 morts dans les Bouches-du-Rhône, après un funeste record de 49 morts en 2023 – dont 4 victimes collatérales.
Récit
Mais 2025 a été marquée à nouveau par la mort de victimes collatérales, dont celle mi-novembre de Mehdi Kessaci, petit frère du militant anti-narcotrafic Amine Kessaci, sans doute un «crime d’intimidation» qui a bouleversé à Marseille et au-delà.
Alors qu’au moins deux personnes sont mortes sur fond de narcotrafic à Marseille depuis début 2026, le procureur de Marseille a évoqué «un point chaud qui demeure, un conflit larvé». «Il y a très clairement une guerre de territoires dans le 3e arrondissement, entre une organisation issue de cet arrondissement et qui est très fortement implantée et avec l’organisation criminelle hégémonique sur Marseille qui a des velléités d’y rentrer», a souligné Nicolas Bessone, qui n’a pas cité la DZ Mafia, dans un souci certainement de ne pas en faire une marque.
Ce 3e arrondissement accueille notamment le site de l’opérateur Orange, récemment fermé après des tirs.
Les livraisons remplacent les points de deal
Présente aux côtés du magistrat mardi, la préfète de police déléguée, Corinne Simon, s’est réjouie d’une division par deux du nombre de point de deal depuis cinq ans : de 222 à 114 sur le département, et de 121 à 89 à Marseille. Mais cet assèchement des «fours» historiques, notamment «dans les quartiers nord», a engendré l’ouverture de nouveaux points de deal dans le centre-ville de la métropole «qui avait été jusqu’à présent épargné», abonde Nicolas Bessone.
Preuve que la disparition des points de deal n’empêche pas la vente de drogue : les interpellations pour trafic de stupéfiants sont en hausse de 11 % dans les Bouches-du-Rhône, avec 3 770 personnes (dont 3 174 rien qu’à Marseille). Seules 624 gardes à vue ont abouti.
Par ailleurs, les réseaux de trafiquants s’adaptent avec la livraison à domicile. Les autorités constatent en particulier que le «Ubershit» ou «Ubercocaïne» prennent de l’ampleur. «Nous n’avons quasiment que de la livraison», appuie le général Pierre Baillargeat, commandant du groupement de gendarmerie des Bouches-du-Rhône. Le week-end dernier, trois «narcolivraisons» ont été interceptées sur le département, rapporte 20 minutes. «Dans l’une de nos dernières affaires, l’équipe de dealer avait un Web designer», souligne-t-il.
Témoignages
Le consommateur est lui aussi pointé du doigt par les autorités. Le préfet du département Jacques Witkowski, fraîchement nommé en décembre 2025, a rappelé que «quelqu’un qui achète et consomme régulièrement, participe au trafic.» Evoquant une vaste opération de contrôles lancée sur plusieurs jours fin janvier dans une vingtaine de villes des Bouches-du-Rhône, il a assuré qu’«une personne sur 12 était détentrice de stupéfiants», se disant «estomaqué» par l’importante de ce chiffre.
Lors de cette opération, «plus de 17 kg de cannabis et 300 grammes de cocaïne» ont été saisis auprès de 390 personnes, sur quelque 5 000 personnes contrôlées, a précisé le représentant de l’Etat. A l’échelle nationale, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur basés sur les arrestations effectuées par les policiers et gendarmes, «52 300 personnes ont été mises en cause pour trafic de stupéfiants et 290 400 pour usage» sur l’année 2024.
Enfin, les chiffres annuels des saisis reflètent bien l’évolution du marché des drogues en France : le cannabis est en «chute» de 31 % avec 4,6 tonnes découvertes dans les Bouches-du-Rhône, contre 6,7 tonnes en 2024. Contrairement à la cocaïne, dont la consommation explose dans le pays : 1 161 kg ont été saisis l’an dernier, contre 328 kg en 2024, soit une hausse de 254 %.




