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Narcotrafic à Marseille : les bureaux d’Orange recommencent à accueillir des salariés

La direction du campus Massalia avait pris la décision de fermer le site le 28 novembre, après des signalements d’affrontements entre bandes rivales. En dépit d’une sécurisation renforcée, les syndicats de salariés restent inquiets.

Une boutique Orange le 8 mars 2020. (Romain Costaseca /Hans Lucas. AFP)
Publié le 15/12/2025 à 11h56

Un retour en présentiel sous haute surveillance après deux semaines de télétravail. Le site de l’opérateur téléphonique Orange à Marseille, situé dans le quartier sensible de Saint-Mauront, dans le 3e arrondissement, a rouvert ses portes ce lundi 15 décembre. Dans un courrier adressé vendredi aux salariés et que Libération a pu consulter, la direction régionale d’Orange avait annoncé la réouverture de ce site Massalia pour un tiers du millier de collaborateurs que comptent ces locaux.

Le campus était fermé depuis le 28 novembre après des signalements d’affrontements sur fond de narcotrafic entre bandes rivales qui se disputeraient le contrôle d’un point de deal. La préfecture de police avait affirmé n’avoir aucun élément attestant des tensions dénoncées, avec un seul appel reçu par les services de police-secours, mais sans fait constaté, tout en reconnaissait que le quartier est «compliqué».

Des patrouilles de police vont se poursuivre dans le secteur pour permettre aux employés de «venir travailler en toute sécurité» et répondre à un «sentiment d’insécurité fort», a déclaré la préfète de police déléguée Corinne Simon, à l’issue d’une réunion avec la direction sur place ce lundi.

«Le dispositif va être progressif jusqu’à début janvier. Aujourd’hui ce sont les salariés qui viennent à pied ou en transport en commun et qui représentent à peu près 380 personnes», a détaillé Jérôme Bissey, délégué CFDT. A partir de mercredi, a-t-il ajouté, commenceront à arriver «les 700 personnes qui viennent en voiture», «sachant qu’on a une capacité parking de 300 places». Le délégué syndical a fait état d’un «renfort de sécurité qui nous a été présenté», mais demande «la possibilité d’avoir un deuxième site. Aujourd’hui on concentre tous les effectifs dans un quartier compliqué», avec «des coups de feu sous les fenêtres des bureaux».

Dans un communiqué, Orange a assuré que la réouverture du site se ferait dans «les meilleures conditions, autour de la mise en place de plusieurs dispositifs». Pour sa réouverture, l’entrée principale du site, à proximité immédiate d’une station de métro et proche d’une cité connue pour abriter du trafic de drogue, a été équipée d’un système de badge, et un vigile est posté dans une guérite. Au moment de l’ouverture de l’arrivée des premiers employés lundi matin, une voiture de police stationnait en face.

Emmanuel Macron à Marseille

La fermeture du site était une première. Les jours précédant cette décision, les employés avaient été confinés à trois reprises et certains n’osaient plus y retourner. Une salariée, qui travaille sur ce site depuis plus de deux ans et ne souhaite pas donner son nom, rapporte ce qui se raconte sur la rixe ayant entraîné la fermeture du site : «des jeunes cagoulés avec des Kalachnikov», et des employés confinés dans l’entreprise : «On ne peut pas travailler dans une ambiance comme ça». «Le soir on essaye de sortir à plusieurs pour ne pas prendre le métro seul», a-t-elle expliqué. Pour elle, «Il faut déménager le site». Dans un communiqué, la CFE-CGC Orange a dénoncé «le retour forcé des collaborateurs à Saint-Mauront». De son côté, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a défendu la fermeture temporaire.

Emmanuel Macron doit se rendre mardi en visite à Marseille. Il a assuré dimanche que l’Etat «gagnera» la bataille contre le narcotrafic dans la préfecture des Bouches-du-Rhône. Le Président avait lancé en septembre 2021 un grand plan d’investissement pour la deuxième ville de France, «Marseille en grand», doté de cinq milliards d’euros. La Cour des comptes a toutefois dressé en octobre 2024 un bilan sévère de ce dispositif, pointant un «défaut de cohérence» et un suivi «indigent».

Mise à jour à 14 h 33, avec l’ajout de la déclaration de la préfète de police déléguée.

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