C’est un dispositif à la croisée de plusieurs institutions qui a vu le jour dans la lutte conte le narcotrafic le long des côtes normandes. D’après une information de France Info, confirmée par Libération, un numéro de téléphone a récemment été mis en service par la cellule de renseignement opérationnel sur les stupéfiants (Cross) du département – elle regroupe un policier, une gendarme et un douanier rattachés à l’Office antistupéfiants (Ofast). Cette ligne permet aux professionnels des métiers portuaires et maritimes, comme les pêcheurs ou les dockers, de renseigner les autorités sur l’activité de réseaux criminels.
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Selon nos confrères de France Info, une note interne de police souligne que les pêcheurs sont aujourd’hui «tout particulièrement ciblés» par les trafiquants. Certains se verraient ainsi proposer d’aller récupérer des parquets de cocaïne jetés à la mer au large des côtes en échange d’une rémunération, se rendant ainsi complice du trafic. Le document met aussi en avant «l’hermétisme de la communauté très compacte des marins-pêcheurs» et la nécessité d’obtenir du renseignement «d’origine humaine» sur les activités des réseaux criminels. D’où la création du 06 38 17 68 00.
En avril 2025, le parquet de Rennes annonçait par exemple un important coup de filet pour «importation en bande organisée de produits stupéfiants». Environ 800 kilogrammes de cocaïne avaient ainsi été découverts dans un bateau. Les suspects auraient employé la technique du «drop off» – le fait de lancer de la cocaïne depuis un bateau afin qu’un autre équipage puisse le récupérer discrètement plus loin – au large de la Normandie. Sur les trente personnes interpellées, six hommes – dont trois marins-pêcheurs – et deux femmes ont été interpellés à Tancarville, au Havre (Seine-Maritime) et à Ouistreham (Calvados). Les autres sont vingt-deux marins d’origine philippine.
Initiative mal perçue
Le dernier rapport de l’agence des Nations unies sur les drogues a par ailleurs confirmé la prépondérance du secteur maritime pour l’acheminement de la cocaïne vers l’Europe, et en particulier la France. Et selon la directrice adjointe de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, Ivana Obradovic, la voie maritime était la plus utilisée pour importer de la cocaïne en France en 2024 : elle représente «80 % des saisies effectuées» l’année dernière, dont «40 % sont réalisées» en mer par la marine nationale.
D’après France Info, les agents de la Cross de Seine-Maritime ont participé fin septembre à une réunion organisée avec tous les représentants des pêcheurs normands. «L’objectif est de vous offrir un accès au renseignement, de façon anonyme ou pas, en envoyant des photos ou des vidéos sur WhatsApp ou en échangeant anonymement sur l’application Signal, on est toujours ouverts à la discussion», a ainsi souligné le major Baptiste Martinez-Casado, chef de la Cross 76, cité par France Info.
Une initiative mal perçue du côté des marins-pêcheurs, qui n’ont encore adressé aucun message au numéro dédié, selon nos confrères. «On a l’impression d’être des indics, ça met un coup de projecteur sur les pêcheurs, mais on n’a pas envie d’être des balances parce qu’on n’a pas envie d’être emmerdés tout simplement», a ainsi expliqué un représentant du secteur à France Info.




