Cet article est tiré du Libé spécial auteur·es jeunesse. Pour la septième année, Libération se met aux couleurs et textes de la jeunesse pour le Salon du livre de Montreuil (Seine-Saint-Denis) qui ouvre ses portes le 26 novembre. Retrouvez tous les articles ici.
Récidiviste, Nicolas Sarkozy ? C’est à cette question que la Cour de cassation est censée répondre ce mercredi dans l’arrêt qu’elle doit rendre sur le pourvoi déposé par l’ex-président de la République dans l’affaire dite Bygmalion, relative au dépassement de ses frais de campagnes pour l’élection de 2012. Tandis que Jair Bolsonaro, l’ex-président brésilien, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’Etat, a tenté de cramer son bracelet électronique avec un fer à souder dans un moment de «paranoïa» et d’«hallucinations», la décision de la Cour de cassation, si celle-ci suit les recommandations de l’avocat général, pourrait valoir à Nicolas Sarkozy l’humiliante pose d’un nouveau bracelet, dans ce qui serait sa seconde condamnation définitive – un an de prison dont six mois avec sursis.
Si l’on ignore tout de la dextérité de l’ex-président français au fer à souder, on connaît en revanche sa propension à manier la plume. A peine sorti de prison après un séjour de trois semaines, Nicolas Sarkozy récidive en effet sur le front éditorial avec la sortie d’un livre, Journal d’un prisonnier, à paraître aux éditions Fayard, lesquelles n’ont pas pris la peine de vérifier qu’elles avaient déjà publié un livre au titre identique il y a quelques mois, signé celui-ci par l’avocat-polémiste Gilles-William Goldnadel. Au moins l’éditeur a-t-il pris soin de barrer la couverture de l’ouvrage d’une photographie de l’ex-président récemment déchu de la Légion d’honneur, le représentant vêtu d’un veston vierge de toute décoration à la boutonnière.
Vite fait, mal fait, le livre l’est à l’évidence – sortie annoncée pour le 10 décembre, soit un mois pile après sa libération –, si l’on en juge par le bref extrait à la construction syntaxique défaillante que l’ex-détenu de la Santé a publié sur les réseaux : «A l’image du désert, la vie intérieure se fortifie en prison.» Dans le métier, on appelle cela une anacoluthe, terme qui désigne une phrase «inconséquente, sans suite dans le raisonnement». Pinaillage aigri d’un représentant de Saint-Germain-des-Prés, ne manquera-t-il pas de nous rétorquer. On connaît en effet la véhémence du parrain de la droite française à remettre en cause les faits et même les décisions de justice le concernant. Ce n’est donc sûrement pas de pauvres considérations grammaticales qui le feront renoncer à écrire de nouveaux ouvrages.
En attendant, peu de risque que l’écrivain en herbe soit confronté à l’angoisse de la page blanche tant les sujets abondent : l’opération «Sauver Sarko» sur la rétractation Takieddine, lucratives activités de conseil en Russie, attribution controversée du Mondial 2022 au Qatar, sans parler du procès libyen en appel au printemps… Après avoir recouru à la forme du journal pour rendre compte de sa brève expérience carcérale, à quel genre le plumitif s’attaquera-t-il cette fois ? On peut lui suggérer celui de la fable, puisque c’est par ce terme qu’il avait vaillamment contesté toute implication dans les montages financiers de l’affaire Bygmalion. A moins qu’il veuille surprendre ses lecteurs et se lance dans le steampunk. Dans tous les cas, il y a fort à parier que cela se terminera en farce.




