Un travail de mémoire encore inachevé. Quatre-vingts ans après la libération des derniers camps d’internement des «nomades» en France, Lise Foisneau, anthropologue au CNRS et autrice de Nomades face à la guerre (1939-1946), revient sur ce pan de l’histoire de notre pays qui demeure méconnu.
Pourquoi les persécutions subies par les «nomades» lors de la Seconde Guerre mondiale ont-elles été si peu documentées ?
Il n’y a pas eu d’oubli, mais une occultation délibérée par les pouvoirs publics. Il a fallu que les survivants eux-mêmes s’organisent pour que les premières stèles soient posées. Ce n’est qu’en 1992 qu’un laboratoire de recherche, l’IHTP, est chargé d’une enquête sur «les Tsiganes de France, 1939-1946». Le rapport qui en découle apporte la preuve formelle de l’internement, mais rejette l’idée que les Allemands auraient mené en France une politique répondant à «une volonté exterminatrice» à l’encontre des «nomades». En faisant exclusivement des Roms et des Voyageurs des victimes collatérales de la guerre, cette conclusion a dissuadé l’exploration d’un champ de recherche qui venait tout juste de s’ouvrir.
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