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«Nous n’avons pas réussi à la protéger» : après le féminicide d’Inès, Darmanin saisit l’Inspection générale de la justice

La jeune femme de 25 ans a été tuée par son ex-compagnon début septembre à Poitiers, malgré l’utilisation de son téléphone grave danger et plusieurs plaintes.

A la marche blanche pour Inès samedi 20 septembre 2025 à Poitiers. (Jean-François Fort/Hans Lucas. AFP)
Publié le 21/09/2025 à 15h07

Le ministre de la Justice démissionnaire Gérald Darmanin a annoncé ce dimanche 21 septembre avoir saisi l’Inspection générale de la justice au sujet du féminicide d’Inès Mecellem, tuée à Poitiers (Vienne) début septembre alors qu’elle avait déposé plusieurs plaintes contre son ex-compagnon. Ce dernier, en fuite depuis les faits, est toujours recherché.

«Les victimes doivent être au centre des préoccupations de la justice. À chaque fois que l’une d’entre elles demande protection aux forces de l’ordre et à la justice, et que nous n’avons pas réussi à la protéger, c’est un profond et terrible échec. Toute la lumière doit être faite sur cette horrible affaire», a souligné le Garde des Sceaux, sur X. Le parquet a ouvert une enquête pour assassinat, tandis que côté ministère de l’Intérieur, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a déjà été saisie d’une enquête administrative.

Inès Mecellem, 25 ans, avait été retrouvée poignardée de plusieurs coups de couteau à son domicile, le 8 septembre. Deux jours avant, elle avait activé son téléphone grave danger (TGD), un dispositif qui permet pour les victimes de violences conjugales d’alerter rapidement les forces de l’ordre, se sachant traquée. Son ex-compagnon, un réfugié afghan né en 1989, avait été interpellé et laissé libre.

«Un équipage de police se déplaçait, interpellait l’individu sans qu’il soit placé en garde à vue», a relaté la procureure de la République à Poitiers, Rachel Bray, sans préciser les raisons de cette décision.

Selon le parquet, la jeune femme avait déposé une première plainte le 10 juillet, dont des extraits ont été publiés samedi par le journal Le Monde. Inès y faisait état d’étranglements et de viols récurrents. Elle était retournée au commissariat le 17 juillet puis les 13, 19 et 28 août, se disant harcelée et menacée de mort.

«Défaillance majeure»

L’avocate de la famille, Me Pauline Rongier, dénonce «une défaillance majeure des services de police et des autorités judiciaires», estimant que l’attribution du téléphone grave danger, le 23 juillet, était «une mesure de protection insuffisante».

«À quoi servent tous ces outils de protection mis en place par l’État si les victimes continuent de vivre dans la terreur, et de mourir ?», abondent des membres de collectifs féministes, présents à la marche blanche pour Inès qui a rassemblé un millier de personnes samedi à Poitiers.

«Je recevrai la présidente de la Fédération nationale des victimes de féminicide, comme nous recevons toutes les victimes qui me sollicitent», a également assuré Gérald Darmanin.

En 2023, 96 femmes ont été victimes d’un féminicide conjugal en France, un chiffre en baisse de 19 % par rapport à 2022, selon le dernier bilan du ministère de l’Intérieur.

En 2017, le président Emmanuel Macron avait fait de la protection des femmes l’une de ses priorités, le Grenelle des violences conjugales débouchant en 2019 sur un plan d’action. Le budget a augmenté depuis mais pas assez, selon les associations. En 2023, la Fondation des femmes a estimé les besoins entre 2,6 et 5,4 milliards d’euros, contre moins de 200 millions dépensés cette année-là selon elle. Début juillet, un rapport du Sénat a épinglé les montants «dérisoires» alloués à cette cause.

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