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Octogénaire juif tué à Lyon : le meurtrier condamné à 18 ans de prison, le mobile antisémite non retenu

Conformément aux expertises psychiatriques, et tenant compte de «difficultés psychiques», les jurés ont estimé que le discernement de l’accusé était altéré au moment des faits, ce qui atténue la responsabilité pénale de Rachid Keniche.

Au tribunal de Rennes, en 2017. Pour retenir la circonstance aggravante, «la loi nous demande de repérer des faits» qui se sont produits «dans le même temps que le crime commis», a expliqué dans son réquisitoire l’avocate générale. (Loic Venance/AFP)
Publié le 05/02/2026 à 20h20

Un homme de 55 ans a été condamné ce jeudi 5 février à 18 ans de prison pour le meurtre d’un octogénaire juif, qu’il a défenestré en 2022 à Lyon, la cour d’assises du Rhône n’ayant pas retenu le mobile antisémite. Rachid Keniche a été reconnu coupable du meurtre mais sans la circonstance aggravante qu’il aurait été commis en raison de la religion de la victime. Les jurés ont également retenu l’altération du discernement du meurtrier au moment des faits.

Conformément aux expertises psychiatriques, et tenant compte de «difficultés psychiques», les jurés ont estimé que son discernement était altéré au moment du meurtre, ce qui atténue sa responsabilité pénale. La cour a aussi «tenu compte des circonstances terribles» de «ce crime qui a consisté à jeter un homme encore en vie du 17e étage», a dit la présidente de la cour. Ils ont donc prononcé une peine de 18 ans de prison, avec une période de sûreté des deux tiers, et 6 ans de suivi sociojudiciaire.

«Sayanim»

Rachid Kheniche a reconnu avoir tué son voisin et ami René Hadjadj, 89 ans, en le jetant de son balcon, assurant avoir eu «un coup de nerfs» après une dispute pour un motif obscur. Il a en revanche toujours nié être antisémite malgré des propos litigieux sur les réseaux sociaux. Mais pour retenir la circonstance aggravante, «la loi nous demande de repérer des faits» qui se sont produits «dans le même temps que le crime commis», a expliqué dans son réquisitoire l’avocate générale, Amélie Cladière. Cela écarte donc notamment des tweets de l’accusé datant de 2020 sur lesquels la cour s’était longuement penchée, et où l’accusé parlait de «sayanim», terme complotiste utilisé pour désigner un agent dormant du Mossad.

Juste après avoir fait basculer René Hadjadj dans le vide, Rachid Kheniche a pris des photos d’identité et un texte hébraïque trouvés dans la veste de sa victime et les a découpés. «Si dans le même temps il avait mis à la poubelle la Torah et les autres objets et attributs juifs qui étaient dans son appartement», cela aurait pu constituer un élément, a noté la magistrate. Mais «ce n’est pas le cas». «Je ne suis pas antisémite», a affirmé l’accusé pendant son procès, insistant sur son amitié pour la victime. «C’était mon seul repère», a déclaré cet homme instable, consommateur de cocaïne et d’héroïne, qui vivait isolé et sans emploi. Mystique, il assure que René Hadjadj l’a «aidé à découvrir le judaïsme».

«Psychose paranoïaque»

Il a peiné à expliquer son geste, renvoyant à sa «maladie» diagnostiquée pendant sa détention provisoire. L’un des experts interrogés a parlé d’une «psychose paranoïaque», d’autres un «trouble grave de la personnalité», tous évoquant des syndromes de «persécution». Son avocate, Me Océane Pilloix, a elle aussi écarté tout motif antisémite, estimant que les enregistrements et publications présentés au débat étaient incompréhensibles, incohérents et «pas assez en lien avec notre affaire». Elle a mis en avant la «relation tendre» unissant les deux hommes avant les faits.

Rachid Kheniche était «obsédé» par la religion juive, a pour sa part plaidé Me Alain Jakubowicz, conseil de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme et du Conseil représentatif des institutions juives de France, parties civiles dans la procédure. «Vous n’avez pas à déterminer si le mobile est antisémite» mais si l’accusé avait un «problème avec la religion juive», a avancé de son côté Me Muriel Ouaknine-Melki, avocate de membres de la famille de la victime et de l’Organisation juive européenne. «Force est de constater que tous [ses] persécuteurs portent des noms à consonance juive», a argumenté son collègue Me Oudy Bloch.

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