Le septuagénaire qui s’en est pris au crâne de Jordan Bardella le 29 novembre lors d’une séance de dédicaces à Moissac dans le Tarn-et-Garonne devait être jugé ce mardi 2 décembre devant le tribunal judiciaire de Montauban. Le procès a finalement été renvoyé au 9 janvier, à la demande du prévenu afin de préparer sa défense. «Je m’excuse auprès de Monsieur Bardella. C’est un geste idiot que j’ai fait», a-t-il déclaré à l’audience.
Dans l’attente de son procès, le prévenu, un agriculteur de 74 ans, reste placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec Jordan Bardella ainsi que de se rendre dans une réunion publique du Rassemblement national (RN), des mesures de sûreté dont l’avocat du président du RN et le ministère public avaient demandé le maintien.
Un œuf ou des confettis
Selon le procureur de la République, Bruno Sauvage, le mis en cause avait acheté le livre Ce que veulent les Français de Jordan Bardella la veille de la séance de dédicaces prévue au Hall de Paris, une salle de spectacle. Ceci dans le but de s’en prendre au patron du Rassemblement national le lendemain. Pour preuve, il avait déjà placé l’œuf dans sa poche, ainsi que des confettis, ne sachant pas encore quel allait être son mode d’action. Pendant une manifestation anti-RN à laquelle le mis en cause n’a pas participé, contrairement à ce qu’ont affirmé des représentants du parti d’extrême droite, le retraité a donc sagement fait la queue et, au moment de présenter son livre à Jordan Bardella, a sorti «l’œuf de sa poche pour l’écraser sur son crâne».
Rapidement placé en garde à vue pour «violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique sans incapacité totale de travail en état de récidive légale», le septuagénaire a reconnu les faits et a assuré regretter son geste, estimant «ne pas avoir voulu faire mal» au député européen. Aussi, alors que le RN dénonce depuis deux jours les «violences de l’extrême gauche» et tente même de faire un lien avec La France insoumise ou la CGT, l’homme se dit «totalement étranger tout parti politique ou syndicat». «Il justifie notamment son acte qu’il estime d’opposition par rapport à l’extrême droite», écrit encore Bruno Sauvage. «C’est quelqu’un qui regarde beaucoup l’actualité et s’inquiète de la montée de l’extrême droite. Il n’est pas d’extrême gauche», a assuré dimanche Me Séverine Lheureux, avocate du septuagénaire, à BFM TV.
Moissac, ville d’extrême droite
C’est que le retraité a déjà de l’expérience en matière de lutte directe contre l’extrême droite : il a déjà été condamné le 8 juillet 2022 à 500 euros d’amende avec sursis pour avoir écrasé un autre œuf sur le crâne d’Eric Zemmour, président de Reconquête, le 12 mars 2022. L’auteur des faits, dont le fils est autiste, avait justifié son geste comme une réaction à des propos choquants du polémiste multicondamné sur les personnes en situation de handicap.
Justice
Ces faits avaient également eu lieu à Moissac, ville dirigée depuis 2020 par un maire RN, Romain Lopez. Il y a un mois, l’extrême droite avait déjà tenté de faire monter une polémique dans cette petite ville après la diffusion de la vidéo d’un homme hurlant et agressant verbalement une religieuse dans l’abbaye locale. Malgré beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux, l’affaire avait été rapidement classée, la justice estimant que les faits de menace en raison de la religion étaient «insuffisamment caractérisés». Le parquet avait précisé que l’homme avait «depuis été interné pour ses troubles à la demande de sa famille».
Mise à jour : mardi 2 décembre, avec le renvoi du procès.




