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«On m’a expliqué qu’il y avait une menace imminente» : Amine Kessaci revient sur son exfiltration d’un meeting à Aix-en-Provence

Le militant engagé dans la lutte contre le narcotrafic et sous protection rapprochée depuis l’assassinat de son frère Mehdi en novembre a notamment raconté ce lundi 9 février au micro de France Info son quotidien sous judiciaire rapprochée.

Amine Kessaci dans un hôtel parisien, le 19 novembre 2025. (Denis Allard/Libération)
Publié aujourd'hui à 10h15

Quatre jours après son exfiltration du meeting politique du député socialiste Marc Pena, à Aix-en-Provence, jeudi 5 février, Amine Kessaci est revenu sur les circonstances de son départ précipité de la réunion sur France Info ce lundi matin. «Les policiers qui assurent ma protection […] m’ont demandé d’y aller, en me disanton s’en va, on s’en va, explique le militant marseillais. Les forces de l’ordre en charge de sa protection l’ont interrompu alors qu’il répondait à une question avant son intervention «surprise» prévue durant le meeting.

«Je n’avais absolument rien compris, je pensais qu’on était en retard pour monter sur scène au meeting», relate Amine Kessaci, témoignant du «calme absolu» des policiers qui sont intervenus.

«Menace imminente»

«Dans la voiture on m’a expliqué qu’une menace imminente était à mon encontre et on a donc décidé de partir, de s’éloigner pour garantir la sécurité de celles et ceux qui étaient présents dans cette salle», précise le militant antinarcotrafic. Une menace à laquelle il confie être habitué, les policiers ayant reçu «des informations comme ils en reçoivent plusieurs par jour pour éviter d’en arriver à des situations où je mette en danger des personnes.» Depuis l’assassinat de son frère cadet Mehdi Kessaci, le 13 novembre 2025, le militant vit sous protection judiciaire rapprochée. Avant cela, il était déjà visé par un contrat d’assassinat depuis l’été en raison de son militantisme antinarcotrafic.

Après son exfiltration du meeting politique, le jeune homme de 22 ans confie être resté jeudi «jusqu’à 4 heures du matin dans une caserne de gendarmerie». L’enquête ouverte pour «association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime», dont s’est saisi vendredi le parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), analyse actuellement l’hypothèse selon laquelle un commando aurait été en route pour le cibler en plein meeting. Une potentialité «dramatique», selon le militant, si elle venait à être confirmée.

Sa présence au château de l’Horloge d’Aix-en-Provence, où se déroulait l’événement, était censée rester secrète mais aurait selon des rumeurs été ébruitée par la présence d’une balise GPS placée dans le cortège policier qui l’accompagnait. Une hypothèse pour l’instant balayée par les expertises, qui n’ont confirmé la présence d’aucun traceur au sein du convoi. Le jeune homme attend ainsi que l’enquête détermine «qui avait accès à cette information», alors que ses équipes travaillent elles aussi pour «voir à quel journaliste on a donné l’information pour essayer de comprendre par où les choses ont pu fuiter», alors que sa présence à des événements n’est normalement «jamais annoncée».

«Ce n’est pas une vie»

Depuis plusieurs mois, Amine Kessaci vit effectivement un quotidien au rythme d’un strict dispositif de sécurité : «Je ne fais plus mes courses, je ne vais plus acheter mon pain moi-même, je ne sors pas avec mes amis», relate le jeune homme qui fait partie des personnalités les plus protégées en France. Menacé de mort sur les réseaux sociaux à plusieurs reprises, il dit risquer «d’être assassiné» à chaque fois qu’il met un pied dehors. Et se dit conscient qu’«à 22 ans, bien sûr que ce n’est pas une vie».

Il tente tout de même de poursuivre des études de droit dans une fac en dehors de Marseille, mais bien que l’administration se soit montrée «très coopérative» et lui ait proposé de suivre ses cours en distanciel, le jeune homme pense devoir «refaire son année» l’année prochaine.

Alors qu’il a récemment annoncé sa candidature sur la liste de l’union de gauche portée par Benoît Payan pour les élections municipales à Marseille, Amine Kessaci a rappelé au micro de France Info son objectif lors de cette campagne : «garantir la sécurité, non pas de la mienne dans un premier temps mais de celles et ceux qui m’entourent, des gens qui sont présents dans les salles où je me rends». Une bataille menée dans le cadre de sa «lutte à mort» contre la «narcocratie».

Mise à jour à 12 h 17 avec davantage de contexte.

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