Sur une vidéo publiée par France Info, de dos, les mains agitées par l’émotion, Marianne (1) témoigne du calvaire vécu par son fils Eliott (1), rasé et humilié par les éducateurs du foyer Jenner, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Elle dénonce «les mensonges» de l’association Jean-Cotxet, qui gère cette structure de l’Aide sociale à l’enfance, et assure n’avoir «jamais autorisé quelqu’un à raser la tête de son fils» – contrairement à ce qu’affirme l’association.
Agée d’une quarantaine d’années, Marianne a de gros problèmes de santé et s’exprime avec difficulté. Quelques jours après les faits, au début du mois de février 2025, lorsqu’elle rend visite à Eliott – placé à la suite d’un divorce conflictuel entre ses parents –, elle lui demande des explications sur sa nouvelle coupe de cheveux. Son fils, chez qui elle dit sentir «de la peur», répond simplement qu’elle est l’initiative d’une éducatrice. Une version étayée par un cadre du foyer, qui assure à la mère que l’enfant «avait des poux».
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Ce n’est qu’en septembre, soit huit mois après, que Marianne va découvrir la vérité, grâce à l’alerte d’une éducatrice qui vient lui parler dans la rue alors qu’elle sort du foyer Jenner. Cette dernière lui montre les vidéos de son fils, prises par les éducateurs, ainsi que les captures d’écran des messages humiliants partagés sur le groupe WhatsApp du personnel éducatif. A ce moment-là, Marianne «devient folle», rapporte-t-elle à France Info. Quand elle voit les vidéos et les captures d’écran, la mère est «traumatisée» : elle est hospitalisée en urgence à plusieurs reprises, fait des crises d’angoisse et s’en remet à son avocat pour signaler les faits à la justice.
Selon Me Axel Delaunay-Belleville, joint par Libération, la juge des enfants chargée du placement d’Eliott, n’a toujours pas donné suite au mail qu’il lui a adressé en septembre pour l’informer de la situation. «Elle doit mener son enquête de son côté et faire le lien», veut croire l’avocat de Marianne, qui rappelle que le petit garçon aurait dû être placé avec son grand frère – pris en charge dans un autre foyer parisien en raison d’«un manque de place». Il espère, comme Marianne, que la médiatisation de l’affaire permettra de les rassembler : une audience de renouvellement du placement doit se tenir au mois de février.
«Je suis prête à aller jusqu’au bout»
«On lui a rasé la tête devant tous les enfants, à moitié à poil. Il faut qu’ils paient», martèle la mère d’Eliott auprès de nos confrères. Elle a déposé plainte pour «violences volontaires sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité» le 12 décembre, presque trois mois après avoir découvert les faits. «On m’a menacée. On m’a dit que si je portais plainte, je n’allais plus revoir mes enfants», justifie Marianne, qui dit avoir été intimidée par l’Aide sociale à l’enfance.
Le petit Eliott veut à présent changer de foyer et d’école, assure sa mère – la mairie de Paris indiquait il y a quelques jours que le garçonnet, rencontré, avait déclaré vouloir rester au foyer Jenner. Marianne réclame, elle, la fermeture du foyer : «Je suis prête à aller jusqu’au bout pour que ces éducateurs payent». Pour l’heure, «nous n’avons aucune nouvelle d’où en est la procédure», rapporte Me Delaunay-Belleville, qui croit tout de même savoir que «les enquêteurs vont auditionner tous les éducateurs de l’époque».
La mairie de Paris mène depuis mercredi une inspection administrative dans le foyer incriminé, où deux inspectrices ont été dépêchées afin d’étudier les dossiers de la soixantaine d’enfants hébergés par la structure. Selon les résultats de l’enquête – qui pourraient paraître dès la semaine prochaine, comme l’ont indiqué plusieurs sources à Me Delaunay-Belleville –, le foyer Jenner risquerait de perdre son agrément avec l’Aide sociale à l’enfance, et ses financements. Au-delà de la plainte de Marianne, la justice a été saisie plusieurs fois après la révélation de ces faits, notamment par la mairie de Paris, la Défenseure des droits et plusieurs députés. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire dans la foulée.
(1) Les prénoms ont été modifiés par nos confrères de France Info.




