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Justice

Paris : huit mois de prison avec sursis pour un policier après un tir de LBD à bout portant en 2020

En pleine mobilisation contre la réforme des retraites il y a six ans, le policier avait été filmé, aux abords de la gare Saint-Lazare, tirant à deux reprises sur des manifestants, le premier tir à deux mètres, le deuxième à moins de 10 mètres.

Un policier armant son LBD en direction d'un manifestant du mouvement «Bloquons tout». (Alain Jocard /AFP)
Publié le 12/01/2026 à 16h10

Du sursis pour un tir non réglementaire. Un policier a été condamné ce lundi 12 janvier à huit mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir tiré avec un lanceur de balles de défense (LBD) de manière «ni nécessaire, ni proportionnée», visant deux manifestants venus protester conter la réforme des retraites, en janvier 2020. Le tribunal correctionnel de Paris n’a pas prononcé de peine complémentaire d’interdiction de porter une arme et a accédé à la demande de non-inscription de la condamnation au casier judiciaire du policier, compte tenu de ses «états de service».

La condamnation est conforme aux réquisitions qu’avait formulées le procureur lors de l’audience du 17 novembre. Le représentant du parquet avait néanmoins considéré que les tirs étaient «légitimes» - mais pas «proportionnés», écartant dès lors toute notion de «légitime défense».

Le 9 janvier 2020, dans un cortège parisien qui s’était élancé trois heures plus tôt de la place de la République, des heurts avaient éclaté aux abords de la gare Saint-Lazare. «Je me souviens d’une panique générale du côté des manifestants et [d’]une charge inconsidérée de l’autre», avait raconté une victime à la barre, Moukran S., 65 ans à l’époque.

Dans plusieurs vidéos, on le voyait s’effondrer après avoir été la cible d’un tir de LBD. Le policier se trouvait à deux mètres de lui, alors que «selon la doctrine, ils doivent être tirés entre 10 et 50 mètres», avait rappelé le tribunal.

Muté, pas désarmé

Quelques minutes plus tard, le même policier avait à nouveau fait usage de son lanceur de balles à l’encontre d’un autre manifestant, Peter B., 41 ans, cette fois situé à «8 à 10 mètres», à l’intérieur d’une nasse dans laquelle se dispersait une bombe lacrymogène. «T’en veux encore ?», lui avait alors lancé le gardien de la paix, 32 ans à l’époque, depuis muté dans une brigade anticriminalité (BAC) d’Occitanie.

Dans sa décision, le tribunal correctionnel a justifié la condamnation à une peine d’emprisonnement avec sursis «simple» par «la prise en compte du contexte», en notant qu’il s’agissait d’une «énième journée de mobilisation nationale». «Nous sommes très satisfaits de la déclaration de culpabilité, un peu moins de l’absence d’interdiction des armes qui autorise ce policier à reprendre son service», a commenté auprès de l’AFP l’un des avocats des parties civiles, Me Arié Alimi.

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