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Violences

Après la diffusion d’une vidéo d’un enfant tondu dans un foyer, Défenseure des droits et ministre de la Santé montent au créneau

Claire Hédon a dénoncé ce mercredi 10 décembre sur RMC un acte «monstrueux», au même titre que les moqueries des éducateurs qui ont menti à la mère du garçon. Stéphane Rist a pour sa part annoncé qu’elle avait saisi la procureure de Paris la veille.

Manifestation à l'appel du collectif Enfantiste contre les violences faites aux enfants et aux adolescents, le 15 novembre 2025 à Paris. (Valerie Dubois/Hans Lucas. AFP)
Publié le 10/12/2025 à 9h32, mis à jour le 10/12/2025 à 14h44

«Une situation absolument épouvantable pour ce jeune.» La Défenseure des droits, Claire Hédon, a annoncé ce mercredi 10 décembre «s’autosaisir» après la diffusion d’une vidéo montrant un enfant tondu dans un foyer d’enfants placés à Paris. «Nous allons nous autosaisir de cette situation», a déclaré sur RMC la cheffe de l’autorité indépendante chargée de veiller au respect des droits.

«Il y a l’acte lui-même qui est effectivement monstrueux, il y a le groupe WhatsApp [sur lequel la vidéo a été diffusée, ndlr] avec quasiment personne qui réagit sauf une éducatrice, on ment à la maman… C’est tout cette chaîne qui a dysfonctionné», énumère-t-elle avant d’ajouter : «Pour nous, il est important de réagir.»

Dans la foulée, la ministre de la Santé et des Familles, Stéphane Rist, a pour sa part annoncé ce mercredi qu’elle avait saisi la procureure de Paris la veille. «Je condamne fermement ces faits inacceptables, écrit-elle dans un communiqué publié sur X. Raser les cheveux d’un enfant comme sanction est une atteinte grave à sa dignité. […] Les enfants confiés à la protection de l’enfance doivent être respectés et protégés, jamais humiliés.» Elle affirme que les faits sont susceptibles d’être qualifiés de «violences sur mineur», «actes d’humiliation ou de traitement dégradant», «atteinte à l’intimité de la vie privée» ou encore «mise en danger d’un mineur».

Inspection administrative

Dans une vidéo révélée mardi par France Info, un enfant apparaît torse nu, assis sur une chaise les bras croisés, tandis qu’une personne lui rase la tête à l’aide d’une tondeuse. D’après les messages échangés sur un groupe WhatsApp entre les éducateurs, cette séquence humiliante était une «sanction», et ni les parents ou les responsables du centre n’en ont été informés.

Selon la ville de Paris, ces faits «gravissimes» se sont déroulés en février 2025 au foyer éducatif Jenner, dans le XIIIe arrondissement de la capitale. Géré par l’association Jean-Coxtet, il accueille des mineurs et jeunes majeurs placés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) à Paris.

Ce mercredi, révèle encore France Info, une inspection administrative diligentée par la mairie de Paris est en cours dans le foyer. «Deux inspectrices habilitées, dont la responsable de la cellule d’appui, d’évaluation et de contrôle, réalisent cette mission», a confirmé la Ville. «Elles seront particulièrement attentives à l’évaluation des conditions d’accueil des enfants dans l’unité concernée par ces révélations, afin de s’assurer que des réponses adaptées à leurs besoins sont garanties», ajoute la municipalité.

Les inspecteurs de l’ASE doivent y passer la journée, afin de vérifier, entre autres, les dossiers de la soixantaine d’enfants hébergés. Le but étant de voir si d’autres violences ont été commises par les éducateurs. En fonction des résultats de ce contrôle, la structure pourrait perdre ses financements ou son agrément.

A la suite de ces révélations, le parquet de Paris a confirmé mardi soir avoir ouvert une enquête pour «violences volontaires sur mineur de quinze ans par personne ayant autorité». Toujours mardi, l’avocat de la mère du garçon, a affirmé à Libération que cette dernière allait porter plainte dans les prochains jours. L’éducatrice soupçonnée d’avoir rasé l’enfant aurait été mise à pied par l’association Jean-Cotxet.

Autorité administrative indépendante, la Défenseure des droits peut être directement saisie «par toute personne qui s’estime lésée dans ses droits et libertés». Elle peut également se saisir «d’office» chaque fois qu’elle l’estime utile ou nécessaire.

«Drame humain»

Pour le militant pour les droits des enfants et ancien enfant placé Lyes Louffok, il «faut aller regarder pourquoi cette chaîne de dysfonctionnements n’a pas permis à ces faits d’être révélés beaucoup plus tôt». «Tout ce qui aurait pu permettre d’éviter ce type de drame n’a pas été mis en œuvre, je pense à l’instance nationale de contrôle indépendante que nous appelons de nos vœux depuis une dizaine d’années et que nous n’avons toujours pas aujourd’hui», a-t-il déploré.

«On a des établissements de l’aide sociale à l’enfance, qu’ils soient publics ou privés, qui ne sont toujours pas contrôlés à ce jour, et c’est là où se joue évidemment un drame humain phénoménal», avec «des enfants en grande souffrance, des professionnels en nombre insuffisant, parfois pas formés, parfois pas diplômés». «C’est inadmissible, a-t-il insisté. Ce sont des enfants qui cherchent protection auprès de la France, qui ont besoin de professionnels solides à leurs côtés».

Mise à jour à 14 h 44 avec les déclarations de Lyes Louffok.

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